Origine et histoire du Musée de la coutellerie
Le musée de la coutellerie de Thiers, fondé en 1982, succède au musée Barante (1924-1981) pour préserver le patrimoine matériel et immatériel de sept siècles de coutellerie locale. Installé dans deux bâtiments historiques classés (maison de l’Homme des bois et maison des Consuls) et dans la vallée des Rouets, il valorise les techniques artisanales et industrielles liées à la fabrication des couteaux, ainsi que leur commercialisation internationale dès le XVIIe siècle.
La coutellerie thiernoise, attestée dès le XVe siècle, s’est développée grâce à la force hydraulique de la Durolle, aux forêts locales (bois pour les manches) et à une main-d’œuvre abondante. Les couteliers, organisés en jurande dès 1567, produisaient des lames exportées en Europe et au-delà. Le musée retrace cette épopée, des ateliers artisanaux des rouets (où les émouleurs travaillaient allongés) à l’industrialisation du XIXe siècle, marquée par l’électrification et les mouvements sociaux.
La vallée des Rouets, intégrée au musée en 1998, illustre l’émouture et le polissage traditionnels, tandis que les collections exposent des couteaux droits et fermants, reflétant l’évolution des usages (chasse, table, artisanat). Le musée joue aussi un rôle économique en dynamisant le tourisme local, avec 23 600 visiteurs en 2016, et en collaborant avec des événements comme Coutellia, festival international de couteaux d’art.
Les crises du XXe siècle (concurrence asiatique, déclin de l’emploi) ont réduit le secteur de 9 000 à 3 000 emplois entre 1970 et 2000. Le musée, en sauvant outils et savoir-faire, répond à une urgence patrimoniale tout en impulsant une renaissance artisanale. Ses expositions temporaires, comme celle sur l’acier de Damas en 2020, et ses ateliers pédagogiques perpétuent une tradition millénaire.
Architecturalement, le musée s’ancre dans la cité médiévale de Thiers, avec des bâtiments à pans de bois (XVe–XVIe siècles) et des friches industrielles reconverties, comme l’usine du Creux de l’enfer. La Durolle, autrefois moteur économique, est aujourd’hui un fil conducteur des visites, reliant l’histoire sociale (grèves de 1936) et technique (passage de la roue à aubes à l’électricité en 1903).