Origine et histoire du Musée de la Faïence
Le musée de la Faïence et des Beaux-Arts de Nevers, initialement nommé musée de la Faïence Frédéric-Blandin, trouve ses origines en 1844, lorsque la municipalité le fonde dans les combles de l’hôtel de ville. Il déménage en 1913 dans l’ancien palais épiscopal, grâce à l’acquisition et la donation de Frédéric Blandin, mécène local. Ce premier site accueille les collections jusqu’en 1971, date à laquelle le musée s’installe définitivement dans l’ancienne abbaye bénédictine Notre-Dame, au sein du quartier historique des faïenciers, actif du XVIIe au XIXe siècle. Les rues environnantes, comme la rue du 14-Juillet, conservent encore des traces de cette activité artisanale sous forme de plaquettes commémoratives sur les maisons.
Entre 2003 et 2013, le musée ferme pour d’importants travaux de rénovation et d’extension, combinant vestiges médiévaux, réhabilitation de la maison Roussignhol (un hôtel particulier du XIXe siècle) et une aile contemporaine. Réouvert en septembre 2013, il s’étend sur 2 100 m2 avec 13 salles permanentes et une salle temporaire. Son architecture associe pierre, bois et structures modernes, mettant en valeur les collections de faïences (1 950 pièces de Nevers), verres émaillés filés (300 pièces, dont 290 prêtées par le Louvre), et peintures des XIXe-XXe siècles.
Les collections reflètent l’apogée de la faïence nivernaise, avec des pièces monumentales comme celles de la manufacture Le Bout du Monde, ainsi que des œuvres issues de dons majeurs. La collection Fieffé (35 pièces classées) doit son nom à Charles-Pierre Fieffé, conservateur du musée en 1881, qui fit passer les acquisitions de 21 à 230 pièces en cinq ans. Un autre apport clé provient du couple Bossuat, donateur de verreries et céramiques allant du japonisme (service Rousseau par Félix Bracquemond, 1867) à l’Art nouveau (Gallé, Daum). Les peintures exposées incluent des œuvres de Jongkind, Seurat, Derain, Modigliani, ou encore Suzanne Valadon.
Le musée abrite également une collection unique de verres émaillés de Nevers, technique apparue à la fin du XVIe siècle. Ces pièces, aux thèmes religieux ou populaires, sont constituées de fils de verre torsadés (canons ou mailles) recouverts de pâte de verre colorée. La plupart proviennent d’une dation au Louvre en 1997, avant d’être déposées à Nevers en 1998. Seule exception : un retable du Baptême du Christ reste au Louvre. Ces objets illustrent les croyances et dévotions locales, tout comme les faïences patriotiques étudiées par Fieffé et Adolphe Bouveault dans leur ouvrage de référence.
Labelisé Musée de France, l’établissement est installé au 16 rue Saint-Genest, dans un ensemble architectural mêlant abbaye médiévale et extensions contemporaines. Son intérêt patrimonial réside autant dans ses collections que dans son cadre : l’ancienne abbaye Notre-Dame et ses vestiges, classés Monument Historique sous le nom d’abbaye Saint-Genest. Après une période sans visiteurs (2004-2012), le musée rouvre avec une muséographie moderne, mettant en lumière l’héritage artistique et artisanal de Nevers, des émaux limousins (XIe-XIXe siècles) aux peintures modernes.