Origine et histoire du Musée de la Forteresse
La forteresse de Mimoyecques, construite entre 1943 et 1944 par l'Allemagne nazie sous les noms de code Wiese et Bauvorhaben 711, était conçue pour abriter une batterie de 25 canons V3. Ces armes à longue portée, capables de tirer 600 obus par heure sur Londres, devaient constituer une menace majeure selon Winston Churchill. Le site, creusé dans une colline crayeuse près du hameau de Moyecques, comprenait cinq puits obliques reliés par un réseau de tunnels et une voie ferrée souterraine.
Les Alliés, ignorant la véritable nature du projet, le confondirent avec une base de missiles V2 et le bombardèrent intensément à partir de novembre 1943. Les raids, notamment celui du 6 juillet 1944 utilisant des bombes Tallboy, endommagèrent gravement les installations, enterrant 300 personnes et forçant les Allemands à abandonner le site en septembre 1944. Après la guerre, Winston Churchill ordonna sa destruction partielle pour éviter toute réutilisation militaire, malgré les protestations françaises.
Transformé en champignonnière en 1969 par Marie-Madeleine Vasseur, une agricultrice locale, le site devint un musée en 1984 sous le nom Forteresse de Mimoyecques - Un Mémorial International. Acquis en 2010 par le Conservatoire d'espaces naturels du Nord-Pas-de-Calais, il abrite aujourd’hui des expositions sur les armes balistiques, une réplique du canon V3, et un mémorial dédié aux travailleurs forcés et aviateurs morts sur place. Le site est également un refuge pour des espèces rares de chauves-souris.
La conception du canon V3, appelée Hochdruckpumpe (« pompe à haute pression »), reposait sur un tube de 100 à 127 mètres de long équipé de chambres auxiliaires pour propulser des projectiles à très longue distance. Les plans initiaux prévoyaient 25 canons, mais des problèmes techniques (instabilité des obus au-delà de 1 000 m/s) et les bombardements réduisirent le projet à cinq canons. Les tunnels, creusés par 5 000 ouvriers dont des prisonniers soviétiques, incluaient des galeries d’accès, des entrepôts, et des systèmes d’évacuation des gaz.
Le site fut capturé le 5 septembre 1944 par la 3e division d’infanterie canadienne. Une mission technique britannique, dirigée par le colonel Terence Sanders, découvrit en 1945 la véritable fonction du complexe, déclenchant sa destruction partielle par 35 tonnes d’explosifs en mai 1945. Les plaques d’acier de 60 tonnes protégeant les puits, récupérées après-guerre, furent restaurées et réinstallées en 2010. Aujourd’hui, le musée accueille environ 11 000 visiteurs annuels et est géré par la communauté de communes de la Terre des Deux Caps.