Origine et histoire du Musée
Le musée de la Franc-maçonnerie trouve son origine dans une circulaire de 1889, émise pour célébrer le centenaire de la Révolution française et mettre en valeur le rôle de la franc-maçonnerie. Installé dans l’hôtel du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris, il naît comme un « cabinet de curiosités », rassemblant des pièces déjà détenues par le Grand Orient, comme un médaillier signalé dès les années 1840. Un appel est lancé aux loges pour enrichir les collections, transformant progressivement l’espace en un lieu de préservation du patrimoine maçonnique. Arthur Groussier, grand maître emblématique, contribue activement à son développement dans l’entre-deux-guerres.
Sous l’Occupation (1940-1944), le musée subit pillages et confiscations par les nazis et le régime de Vichy. Ses collections sont en partie utilisées pour l’« Exposition (anti)maçonnique » du Petit Palais en 1940, tandis que le reste est stocké square Rapp. À la Libération, les vestiges restitués sont conservés en caisses par manque de moyens. Ce n’est qu’en 1973, pour le bicentenaire du Grand Orient, que le musée rouvre sous le nom de « musée du Grand Orient de France et de la Franc-maçonnerie européenne », avec l’appui de la Direction des Musées de France et une muséographie modernisée.
Les années 1980 marquent une nouvelle phase de rénovation, notamment après l’acquisition d’œuvres lors de la vente Baylot (1987). Au tournant du XXIe siècle, le musée, jugé dépassé, fait l’objet d’une restructuration majeure sous l’impulsion du grand maître Alain Bauer. L’objectif est d’ouvrir symboliquement le siège du Grand Orient sur la ville, en créant des espaces transparents et un parcours muséographique innovant. Le nouveau musée, inauguré en 2010, propose une scénographie en boucle, mêlant un « fil du temps » central et des « clés de lecture » thématiques, le tout baigné d’un éclairage en clair-obscur.
Les collections, enrichies au fil des décennies, incluent des peintures, estampes, objets rituels, mobiliers et archives papier. Parmi les pièces phares figurent le tablier de Voltaire, l’épée de La Fayette, ou encore des faïences du XVIIIe siècle à décor maçonnique. Le musée occupe l’ancienne salle de bal de l’hôtel de Chaulnes, siège du Grand Orient depuis 1851, et abrite 17 temples maçonniques de styles variés (Second Empire, Art déco). Son financement a été soutenu par le ministère de la Culture, la région Île-de-France et la mairie de Paris.
Aujourd’hui, le musée se veut un lieu de mémoire et de réflexion, ouvert à toutes les obédiences. Il illustre les origines médiévales de la maçonnerie, sa modernisation au XVIIIe siècle, son rôle pendant la Révolution et l’Empire, ainsi que son évolution aux XIXe et XXe siècles. L’association des Amis du Musée et un comité scientifique, créés en 1999, œuvrent pour diffuser son patrimoine et en faire un espace de dialogue entre passé et présent.