Origine et histoire du Musée de la grosse forge
Le musée de la Grosse Forge d’Aube, situé dans le département de l’Orne en Normandie, est un rare exemple d’établissement métallurgique ayant conservé l’intégralité de son outillage d’origine. Fondée au XVIe siècle, cette forge a évolué au fil des siècles, passant de la production de fer à celle de cuivre après 1850. Ses foyers d’affinerie, son marteau hydraulique et ses logements ouvriers témoignent d’une activité industrielle ininterrompue jusqu’en 1939. Classée monument historique en 1982, elle illustre l’adaptation des techniques métallurgiques aux besoins économiques locaux.
La forge d’Aube, initialement dédiée à l’affinage de la fonte produite au haut fourneau voisin de Saint-Pierre-des-Loges, s’est spécialisée dans le martelage du cuivre après son rachat par Pierre-Jean-Félix Mouchel vers 1850. Des innovations techniques, comme l’installation d’une turbine Callon (1864-1866) et d’un pilon à vapeur (1868-1895), ont modernisé ses ateliers sans altérer leur structure d’origine. Le site, acquis par la commune en 1980, offre un aperçu complet de la vie ouvrière et des procédés industriels des XVIIIe et XIXe siècles, avec ses ateliers, ses cheminées caractéristiques et son système hydraulique toujours visible.
Les fouilles archéologiques ont révélé des traces d’un haut fourneau datant du XVIe siècle, confirmant l’ancienne vocation sidérurgique du lieu. La fenderie, active dès 1635, fut remplacée en 1850 par une tréfilerie, marquant la transition vers le cuivre. Ce métal, désulfuré dans un four ajouté après 1850, fut travaillé jusqu’à la fermeture définitive en 1939. Aujourd’hui, le musée préserve ce patrimoine industriel, incluant les logements ouvriers et les machines, offrant une plongée dans trois siècles d’histoire technique et sociale.
L’architecture du site, mêlant silex, brique et pans de bois, reflète les adaptations successives de la forge. Le bâtiment de l’affinerie, avec ses trois cheminées tronquées, domine le paysage, tandis que les ateliers annexes et les logements témoignent de l’organisation spatiale typique des forges wallonnes. La roue hydraulique du marteau, encore en place, rappelle le fonctionnement initial du site, alimenté par la rivière Risle. Ce patrimoine, exceptionnellement bien conservé, permet de comprendre l’évolution des techniques métallurgiques en Basse-Normandie.
La forge d’Aube employait une dizaine d’ouvriers en 1811, selon les archives. Son activité, centrée sur la transformation des métaux, s’inscrivait dans un réseau local incluant le haut fourneau de Saint-Pierre-des-Loges. Après 1850, la spécialisation dans le cuivre répondait à une demande croissante, notamment pour les applications industrielles. La cessation d’activité en 1939 marqua la fin d’une ère, mais la conservation du site, classée au titre des monuments historiques, en fait aujourd’hui un lieu de mémoire incontournable pour l’histoire industrielle française.