Origine et histoire du Musée de Marie-Jeanne
Le musée de la maison de Marie-Jeanne, situé à Alaincourt (Aisne, Hauts-de-France), a été inauguré en juillet 2008. Ce musée municipal expose une collection privée rassemblée par Marie-Jeanne Delville, couturière et passionnée d’histoire locale. Les objets, datant de 1870 à 1970, illustrent la vie quotidienne dans la vallée de l’Oise, complétés par des documents liés à l’écrivain Robert-Louis Stevenson, qui traversa la région en canoë en 1876 et en tira un récit voyageur, En canoë sur les rivières du Nord. Le musée met en lumière ce patrimoine matériel et littéraire, créant un pont entre les générations.
Marie-Jeanne Delville, née dans l’entre-deux-guerres, a consacré sa vie à collecter des artefacts reflétant les modes de vie locaux : fers à repasser, vêtements des années 1875 à 1950, machines à coudre, jouets, ou cartes postales. Sa démarche s’inscrit dans une volonté de transmission, offrant aux visiteurs — habitants, enfants, voyageurs — un accès tangible à l’histoire sociale de la Picardie. Les thèmes abordés, comme le tissu, l’Art Déco, ou l’enfance, révèlent l’évolution des pratiques domestiques et culturelles, tandis qu’une salle entière est dédiée à Stevenson, dont le regard sur la vallée de l’Oise, initialement critique, s’adoucit pour célébrer son authenticité.
Le parcours muséographique s’articule autour de sept espaces thématiques. L’un d’eux retrace le voyage de Stevenson, depuis Maubeuge jusqu’à Conflans-Sainte-Honorine, via une carte interactive et des objets mentionnés dans son livre. D’autres salles explorent l’histoire textile de la région — marquée par la culture du lin —, les rituels du soin du vêtement (buanderies, blanchisseries), ou encore l’impact de l’Art Déco sur la mode des années 1920. Une section consacrée à l’enfance expose jouets et poupées, tandis qu’un espace prospectif interroge les innovations du XXIe siècle en Picardie. Le musée se veut ainsi à la fois conservatoire et laboratoire de mémoire, ancré dans un territoire où l’Oise a façonné les vies et les récits.
La collection de Marie-Jeanne dialogue avec l’œuvre de Stevenson, qui décrivit dans son livre les objets et paysages rencontrés en 1876. Parmi eux, beaucoup sont aujourd’hui exposés au musée, créant un lien unique entre littérature et patrimoine matériel. L’écrivain écossais, malade et voyageur infatigable, trouva dans la vallée de l’Oise une forme de rédemption esthétique, loin des critiques acerbes réservées à d’autres régions. Cette rencontre entre une collectionneuse locale et un auteur international donne au musée une dimension à la fois intime et universelle, où chaque objet raconte une histoire — celle des habitants, mais aussi celle d’un regard extérieur qui a contribué à forger leur identité.