Origine et histoire du Musée de la Tour aux Puces
La tour aux Puces est un édifice fortifié du XIIe siècle, ancien donjon du château féodal de Thionville en Moselle. À l’origine, elle faisait partie d’un palatium carolingien cité dès le VIIIe siècle, détruit au Xe siècle. Sa construction actuelle, datée entre les XIe et XIIe siècles, réutilise des blocs d’origines diverses, dont des vestiges carolingiens. La fondation circulaire de 2,5 à 3 mètres de hauteur, autrefois interprétée comme une chapelle, semble contemporaine de l’élévation polygonale à quatorze côtés. La tour servit de siège à la prévôté à partir de 1292 jusqu’au XVIe siècle.
L’appellation « tour aux Puces » découle d’une mauvaise traduction du francique Pëtztuurm (« tour au puits »). Au fil des siècles, elle fut aussi nommée tour de Mirabel, tour de Meilbourg (mentionnée en 1295 dans des documents messins), ou tour de Thion au XIXe siècle. Entre le XIVe et le XVIe siècle, elle subit d’importantes modifications : percements, ajout de bâtiments annexes, et aménagement intérieur (comme la cheminée aux armes de Jean IV de Raville). Les Espagnols l’intègrent aux fortifications entre 1542 et 1558, puis elle est voûtée en 1583, comme en témoignent les armoiries de Wirich de Créhange.
Au XVIIe siècle, des projets de transformation en prison militaire sont envisagés mais peu réalisés. Sous l’annexion allemande (XIXe siècle), la tour est restaurée : couverture refaite en 1880, démolition des fortifications adjacentes en 1903, et création d’une terrasse avec créneaux en 1904 pour son ouverture en musée. Endommagée lors de la Seconde Guerre mondiale, elle est à nouveau restaurée et rouvre en 1966. Classée monument historique en 1932, elle abrite aujourd’hui huit salles thématiques retraçant l’histoire de Thionville, de la Préhistoire à la Renaissance.
Deux légendes entourent la tour. La première évoque une pièce secrète et une clé disparue au XIe siècle, supposément volée par des malfaiteurs partis vers Lemestroff. La seconde, née d’une erreur de traduction, raconte qu’une princesse de quatorze ans y aurait été emprisonnée et dévorée par des puces, ne laissant que ses cheveux et ses dents, conservés au musée. Aucune preuve historique ne corrobore ces récits.
Architecturalement, la tour mêle des blocs de diverses époques, avec des voûtes en berceau au rez-de-chaussée et des voûtes d’ogives au premier étage. L’escalier en vis et les colonnes du deuxième étage datent du XVIe siècle. Les restaurations successives (notamment en 1904 et 1966) ont préservé son aspect médiéval tout en l’adaptant à sa fonction muséale. Propriété de la commune, elle illustre l’évolution d’un donjon féodal en patrimoine culturel du Grand Est.