Origine et histoire du musée des Arts et Métiers
Le musée des arts et métiers traditionnels de Salles-la-Source est installé dans une ancienne filature de laine construite dans les années 1830, œuvre de l’architecte départemental Étienne-Joseph Boissonnade. Ce bâtiment remarquable, couvert d’une charpente en carène renversée dite à la Philibert Delorme, utilisait le travertin local et la force hydraulique de la cascade du village. La filature, modernisée dans les années 1840, connut son apogée entre 1880 et 1890 avec 120 ouvriers produisant jusqu’à 120 000 mètres de drap annuellement. Son déclin s’amorça après la Première Guerre mondiale, avant sa fermeture définitive en 1959, victime de la concurrence industrielle.
La création du musée remonte aux années 1950, portée par Jacques Bousquet et Jean Delmas, directeurs des Archives départementales de l’Aveyron. Ces derniers collectèrent outils, machines et témoignages des métiers traditionnels rouergats, menacés par la modernisation rurale. Après des expositions itinérantes (1970-1977), le projet aboutit en 1978 avec la charte culturelle de l’Aveyron, désignant l’ancienne filature comme site permanent. Le musée ouvrit ses premières salles en juillet 1979, labellisé Musée de France et géré par le département.
Le musée s’articule autour de quatre niveaux thématiques : le monde minéral (poterie, métallurgie), végétal (agriculture, vigne), animal (élevage, traction) et une salle dédiée à l’histoire de la filature. Ses collections, enrichies d’ateliers reconstitués (forgeron, tonnelier) et de machines textiles du XIXe siècle, illustrent la vie rurale et artisanale du Rouergue. En 2018, il accueillait 6 400 visiteurs, proposant aussi des expositions temporaires, comme Les Aveyronnais dans la Grande Guerre (2014-2016) ou Des mains pour penser (2017-2019), en partenariat avec le musée Soulages.
L’architecture du bâtiment, classée pour sa charpente innovante et son usage du travertin, témoigne de l’ingéniosité industrielle du XIXe siècle. La filature fut fondée en 1825 par Henri Carcenac et ses associés, exploitant la cascade locale pour actionner moulins et métiers à tisser. Rachetée et modernisée par Carcenac, elle devint un fleuron textile avant de pivoter vers la production militaire en 1939. Aujourd’hui, le musée perpétue la mémoire de ces savoir-faire, tout en valorisant le patrimoine occitan, comme les outils viticoles adaptés aux pentes de Marcillac ou les paniers carrejador des vendangeurs.