Origine et histoire du Musée des beaux-arts
L'hôtel de la Bibliothèque et du Musée a été construit au début du XVIIe siècle sur l'emplacement d'une ancienne demeure connue sous les noms de Grand-Logis, Palais-Royal ou maison Henri IV ; il fut acheté en 1600 par Paul Legoux, trésorier de la maison de Navarre. Transformé en séminaire en 1673, il devint évêché en 1696. Monseigneur Crussol d'Uzès le fit reconstruire entre 1769 et 1774 d'après les plans de l'architecte Gilles Nassivet, les travaux étant exécutés par l'entrepreneur François Chapuy ; les communs, alors aménagés de l'autre côté de la rue, constituent aujourd'hui un autre hôtel. Confisqué pendant la Révolution, l'édifice fut reçu par la municipalité, qui y installa la bibliothèque municipale en 1795. Le musée des Beaux-Arts prend place dans le bâtiment au cours des années 1840 et des aménagements importants lui sont apportés au niveau des étages supérieurs au troisième quart du XIXe siècle. L'ensemble a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 23 février 1925. La bibliothèque municipale a été transférée en 1998 à la médiathèque Michel-Crépeau, laissant la place à l'Espace Art Contemporain ouvert en 1999. Le bâtiment accueille également la Direction régionale des affaires culturelles de Poitou-Charentes et un musée lapidaire qui réunit des fragments provenant de l'église des Carmes, de l'hôtel de ville, du collège protestant et de maisons disparues ou modifiées. Les collections du musée d'Orbigny-Bernon, transférées après la fermeture de ce dernier en 2012, ont intégré le musée des Beaux-Arts, fermé pour travaux depuis 2018 avec une réouverture prévue en 2027.
Les collections présentées offrent un panorama de la peinture européenne du XVe au XXe siècle et comprennent environ 900 peintures et dessins. La peinture ancienne, du XVe à la fin du XVIIIe siècle, est illustrée par des œuvres de Frans II Francken, Luca Giordano, Eustache Le Sueur et Willem van de Velde le Jeune. Le XIXe siècle, période la mieux représentée, rassemble des œuvres de Camille Corot, Paul Huet, Édouard Toudouze, Gustave Doré, ainsi que d'artistes régionaux tels que Furcy de Lavault, Henri-Paul Motte (Richelieu sur la digue de La Rochelle), Théodore Chassériau, Eugène Fromentin (Le Départ pour la chasse), Gustave Guillaumet et William Bouguereau (L'Océanide), et des vues du port de La Rochelle par Paul Signac et Albert Marquet. Le XXe siècle est illustré par des pièces d'Aristide Maillol, Antoine Bourdelle, Alberto Magnelli, Gaston Chaissac, Maurice Denis, Zoum Walter, Henry de Waroquier et Louis Suire.
Le musée conserve également une importante collection d'art asiatique, comprenant notamment une série de peintures chinoises d'exportation peintes à Canton par Youqua, qui rendent compte des scènes de la vie privée, du vêtement et du mobilier sous la dynastie Qing et furent réalisées à l'huile pour correspondre au goût des visiteurs occidentaux ; parmi elles figure la représentation d'un signataire du traité de Huangpu de 1844. L'art japonais est présent par une remarquable série de céramiques d'Ogata Kenzan, maître de l'école Rimpa, et la section asiatique comporte aussi des pièces telles que des sculptures religieuses et des porcelaines de la dynastie Qing. Parmi les œuvres remarquables du fonds figurent des tableaux comme Vénus et l'Amour (école anversoise, XVIe siècle), Les Vases d'or de l'Égypte attribués à Frans Francken l'Ancien, une Corbeille de fruits attribuée à Antoine-Benoît Dubois, Le marchand de gâteaux de Bernhard Keil, Cavaliers arabes d'Eugène Fromentin, des paysages de Jean-Baptiste Camille Corot, ainsi que des œuvres de William Bouguereau dont La Flagellation (déposée à la cathédrale Saint-Louis) et L'Océanide.
Cette histoire architecturale et la diversité des collections font de l'hôtel de la Bibliothèque et du Musée un lieu majeur du patrimoine et des arts à La Rochelle.