Origine et histoire du Musée des beaux-arts
Le musée des Beaux-Arts de Quimper trouve son origine dans le legs exceptionnel du comte Jean-Marie de Silguy en 1864. Ce dernier, originaire de Quimper, lègue à sa ville natale une collection de 1 200 peintures, 2 000 dessins et 12 000 gravures, à condition qu’un musée soit construit pour les exposer. Ce legs, l’un des plus importants de l’époque pour une ville de cette taille, marque la naissance du musée, alors qu’aucune institution similaire n’existe alors en Bretagne à l’ouest de Rennes-Nantes. La municipalité acquiert des parcelles mitoyennes à l’hôtel de ville en 1866 et confie la construction à l’architecte Joseph Bigot, également responsable des flèches de la cathédrale de Quimper. Les travaux débutent en 1869, et le musée est inauguré le 15 août 1872, jour de la fête du saint patron de la ville.
La façade néoclassique du musée, conçue pour s’harmoniser avec celle de l’hôtel de ville, cache un intérieur entièrement rénové en 1993 sous la direction de l’architecte Jean-Paul Philippon. Ce dernier, connu pour ses travaux au musée d’Orsay et à La Piscine de Roubaix, modernise l’espace en privilégiant la transparence et la luminosité, tout en préservant la façade historique de Bigot. La rénovation permet d’exposer en permanence 700 œuvres, contre 200 auparavant, et d’ajouter des espaces dédiés aux expositions temporaires, un auditorium et une librairie-boutique. Le musée se distingue par son alliance entre le granit d’origine, le béton et le bois, offrant une muséographie contemporaine adaptée à ses collections.
Les collections du musée s’articulent autour de trois ensembles majeurs : les écoles européennes anciennes (italienne, flamande et hollandaise des XIVe–XVIIIe siècles), la peinture française des XVIIe–XIXe siècles, et les œuvres d’inspiration bretonne des XIXe et XXe siècles. Le legs de Silguy, centré sur les écoles du Nord (Rubens, Bruegel le Jeune, Jordaens) et la peinture française (Boucher, Fragonard, Vernet), est complété par des acquisitions ultérieures, notamment des œuvres de l’école de Pont-Aven (Gauguin, Sérusier, Émile Bernard) et des peintres nabis. Une salle est entièrement dédiée à Max Jacob, originaire de Quimper, et à son cercle artistique, incluant des œuvres de Picasso, Cocteau et Modigliani.
Parmi les trésors du musée figurent des peintures majeures comme La Foi et L’Espérance de Pierre Mignard (1692), Le Martyre de sainte Lucie de Rubens (vers 1620), ou L’Enlèvement de Proserpine de François Boucher (1769). L’école bretonne est illustrée par des toiles emblématiques, telles que Noces à Quimper d’Eugène Boudin (1857) ou L’Incantation de Paul Sérusier (1891). Le cabinet d’arts graphiques, riche de 2 000 dessins issus du legs de Silguy, couvre les écoles française, italienne et, dans une moindre mesure, flamande et espagnole, avec des feuilles de Watteau, Fragonard, Tiepolo ou Rembrandt. Enfin, un espace spécifique présente les peintures murales de Jean-Julien Lemordant, autrefois ornant la salle à manger de l’Hôtel de l’Épée à Quimper.
Dès son ouverture, le musée se heurte à des problèmes d’espace, liés à l’enrichissement progressif de ses collections par des dons, legs et acquisitions. Entre 1972 et 1976, des travaux améliorent la présentation des œuvres, mais l’étroitesse des lieux persiste. En 1987, la ville acquiert un entrepôt mitoyen, permettant une extension majeure. Le concours remporté par Jean-Paul Philippon en 1989 aboutit à une restructuration totale, sans altérer la façade historique. Le musée rouvre en 1993 avec une surface doublée et une muséographie innovante, qui met en valeur son originalité : une collection presque exclusivement dédiée aux peintures et dessins, rare dans le paysage muséal français. Aujourd’hui, il attire de nombreux visiteurs et contribue activement à la vie culturelle de Quimper, ville réputée pour son patrimoine architectural et son dynamisme artistique.