Origine et histoire du Musée des beaux-arts
Le musée des Beaux-Arts de Strasbourg trouve ses origines dans un premier musée municipal de peinture, fondé en 1801 par l’arrêté Chaptal. Installé à l’Aubette, il fut entièrement détruit le 24 août 1870 lors de la guerre franco-prussienne, anéantissant une collection de 43 tableaux prêtés par le Louvre, dont des œuvres du Pérugin, de Véronèse et de Jordaens. Parmi les pertes figuraient des peintures italiennes, flamandes et françaises, issues des collections royales ou d’acquisitions locales.
La reconstitution des collections débuta en 1889 sous l’impulsion de Wilhelm von Bode, directeur des musées impériaux de Berlin. Ce dernier parvint à remplacer la plupart des œuvres perdues, acquérant des toiles de maîtres italiens comme Giotto, Raphaël ou Botticelli, tout en commettant quelques erreurs d’attribution (Dosso Dossi, Carrache). Après 1918, son successeur Hans Haug poursuivit cet effort, consolidant un fonds couvrant du XIVe au XIXe siècle, avec des écoles italienne, flamande, hollandaise, française et espagnole.
Le musée fut installé en 1899 au premier étage du palais Rohan, un édifice classique construit entre 1739 et 1742 pour le cardinal de Rohan-Soubise. Les collections subirent de nouveaux dommages lors des bombardements de 1944 (destruction partielle de La Garde civique de Saint-Adrien de Cornelis Engelsz) et d’un incendie en 1947, qui détruisit des œuvres de Guardi, Cranach ou Pollaiuolo. Les indemnités d’assurance permirent cependant des acquisitions majeures, complétées par des dons privés (Kaufmann, Eisenbeth, Oppenheimer).
Aujourd’hui, le musée présente un panorama cohérent de la peinture européenne, des primitifs italiens (Giotto, Botticelli) aux maîtres baroques (Rubens, Ribera) et néoclassiques (Chardin, Delacroix). La peinture alsacienne antérieure à 1681 est exposée au musée de l’Œuvre Notre-Dame, tandis que les périodes postérieures, incluant des artistes comme Loutherbourg ou Schall, restent au musée des Beaux-Arts. Les réserves, ouvertes au public un samedi par mois, complètent cette offre.
Le palais Rohan lui-même, chef-d’œuvre de Robert de Cotte, illustre l’architecture classique française du XVIIIe siècle. Organisé entre cour et jardin selon le modèle parisien, il abrite également le musée archéologique et le musée des Arts décoratifs. Le musée des Beaux-Arts se distingue par des œuvres phares comme La Belle Strasbourgeoise de Largillierre ou Samson et Dalila du Guerchin, témoignant de son rayonnement culturel en Alsace et au-delà.