Origine et histoire du Musée du château
Le château de Pau, édifié entre le XIIe et le XIXe siècle, est à l’origine une forteresse médiévale contrôlant un gué stratégique sur le gave de Pau. Fondé par les vicomtes de Béarn, il devient au XIVe siècle une citadelle imprenable sous Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus, qui y ajoute un donjon de 33 mètres en brique et renforce ses défenses avec des enceintes crénelées. Ce prince souverain, symbole de l’indépendance béarnaise, en fait un symbole politique et militaire face aux menaces anglaises et armagnacques.
Au XVIe siècle, le château se mue en palais Renaissance sous l’impulsion d’Henri d’Albret et de Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier. Les transformations incluent un escalier d’honneur orné des initiales H et M, des façades en pierre de taille, et des jardins somptueux s’étendant sur 22 hectares. C’est dans ce cadre que naît en 1553 Henri de Bourbon, futur Henri IV, dont le baptême béarnais — avec ail et vin de Jurançon — et l’éducation sous l’œil de son grand-père marquent l’histoire du lieu. La reine Jeanne d’Albret, sa mère, y impose le protestantisme et résiste aux assauts catholiques pendant les guerres de Religion.
Le château perd son rôle politique après le rattachement du Béarn à la France en 1620, lors de la venue de Louis XIII. Délaissé par les Bourbons, il tombe en déclin jusqu’au XIXe siècle, où Louis-Philippe puis Napoléon III le restaurent pour en faire un lieu de mémoire henricienne. Classé monument historique dès 1840, il abrite un musée national depuis 1927, mettant en scène la légende du bon roi Henri à travers des tapisseries des Gobelins, des meubles Renaissance, et la célèbre carapace de tortue ayant servi de berceau au roi.
L’architecture du château, organisée autour d’une cour en fer à repasser, mêle des éléments défensifs (tours Mazères et Billère du XIIe siècle, donjon de Fébus) et des ajouts Renaissance (aile méridionale, escalier d’honneur). Ses jardins, autrefois parmi les plus beaux d’Europe, sont aujourd’hui réduits à un domaine de 22 hectares, incluant des arbres remarquables comme des cèdres de l’Atlas et des séquoias. Le site, ouvert au public, accueille annuellement 100 000 visiteurs et reste un symbole de l’identité béarnaise.
Parmi les épisodes marquants, le château sert de prison à l’émir Abd el-Kader en 1848, et accueille des personnalités comme Victor Hugo ou la reine Isabelle II d’Espagne. Les collections du musée, riches de 12 000 œuvres, incluent des tapisseries, des peintures, et des objets liés à Henri IV. Des expositions temporaires et des événements, comme le sommet du G5 Sahel en 2020, perpétuent son rayonnement culturel et politique.
La légende de la fondation de Pau, liée à trois pieux (pau en béarnais) plantés pour délimiter un domaine, et l’hypothèse d’une racine pré-indo-européenne évoquant un rocher escarpé, illustrent l’ancrage mythique du château dans l’histoire locale. Son évolution, des vicomtes de Béarn aux rois de France, en fait un témoin privilégié des mutations politiques et architecturales du sud-ouest de la France.