Origine et histoire du Musée de Vendôme-Dobler
Le pavillon de Vendôme, aussi appelé Pavillon de La Molle, est un ancien hôtel particulier construit à Aix-en-Provence à partir de 1665 sur ordre de Louis de Mercœur, duc de Vendôme et gouverneur de Provence. Petit-fils d’Henri IV, il acquiert en 1664 un terrain hors des remparts pour y édifier une résidence inspirée par son amour pour Lucrèce de Forbin-Solliès, dite « la Belle du Canet ». Le bâtiment, conçu par l’architecte Antoine Matisse, combine élégance classique et fonctionnalité, avec un rez-de-chaussée ouvert pour les carrosses et un toit à la Mansart. La légende raconte que les visites nocturnes de la Belle du Canet, masquée, auraient hâté la mort du duc en 1669, donnant naissance au dicton provençal « Las machouettos an tua lou duc » (« Les chouettes ont tué le duc »).
Après la mort du duc, le pavillon est vendu en 1669 à l’avocat général Gautier de la Molle, qui achève sa décoration intérieure, ajoute un étage et le couvre de tuiles romaines. Au XVIIIe siècle, il passe entre les mains du peintre Jean-Baptiste van Loo, qui y installe son atelier, puis de Barthélemy-Louis Reboul, secrétaire de l’Académie d’Aix. Sous la Révolution, le pavillon, devenu bien d’émigré, est vendu avant d’être racheté en 1824 par l’évêque d’Angoulême pour un pensionnat de jeunes filles. Les religieuses du Sacré-Cœur l’occupent tout au long du XIXe siècle.
En 1906, l’amateur d’art suisse Henri Dobler acquiert le pavillon, entreprend sa restauration et reconstitue partiellement son mobilier d’origine. Il fait classer le jardin et la façade aux monuments historiques en 1914. À sa mort en 1941, il lègue le bâtiment et ses collections à la ville d’Aix-en-Provence, sous condition d’en faire un musée. Depuis les années 1990, le Pavillon de Vendôme-Dobler accueille des expositions d’art contemporain et de photographies, tout en conservant ses décors intérieurs du XVIIIe siècle (gypseries, escalier d’honneur, plafonds peints) et ses collections de portraits, faïences de Moustiers et mobilier provençal.
L’architecture du pavillon illustre un mélange unique de styles : un rez-de-chaussée dorique, un premier étage ionique et un second composite, le tout sculpté dans la pierre jaunâtre de Bibémus. Les atlantes baroques de Jean-Claude Rambot, encadrant l’entrée, et le jardin à la française reconstitué d’après des gravures du XVIIe siècle, en font un chef-d’œuvre du patrimoine aixois. Le site recèle également des vestiges antiques, comme une mosaïque et des fragments de colonnes romaines, témoignant d’une occupation ancienne.
Classé monument historique en 1914 pour sa façade et son jardin, puis en 1953 pour ses toitures et pavillons adjacents, le Pavillon de Vendôme incarne aujourd’hui un dialogue entre histoire et modernité. Son orientation muséale actuelle, mêlant art ancien et contemporain, s’inscrit dans la vision d’Henri Dobler, qui rêvait d’une « école Médicis en Provence ». Proche de l’école supérieure d’art d’Aix, il reste un lieu de croisement entre patrimoine et création, ancré dans l’histoire tumultueuse de la Provence du Grand Siècle.