Origine et histoire
Le Musée Eugénie et Maurice de Guérin a été inauguré le 12 septembre 1937 dans le château du Cayla, acquis par le Conseil général du Tarn aux descendants de la famille. Ce lieu, classé maison d’écrivain, associe l’héritage littéraire des frères Guérin – notamment à travers le Journal d’Eugénie et le Cahier vert de Maurice – à des expositions d’art contemporain. Le domaine de 17 hectares, inchangé depuis 1830, incarne un paysage littéraire marqué par leur écriture, avec des lieux emblématiques comme la Croix des adieux ou la grotte de Chrysostome.
Les collections du musée (2 131 occurrences) se divisent en deux fonds : un fonds mobilier et iconographique (466 objets, incluant meubles, œuvres d’art et archives familiales) et un fonds archives-bibliothèques (1 665 documents). Parmi les pièces majeures figurent les autographes des Guérin, leurs correspondances, et des archives notariales révélant la vie rurale tarnaise au XIXe siècle. Le mobilier d’origine, les objets personnels et les œuvres inspirées par leur univers complètent ce patrimoine, tandis que les bibliothèques (600+ ouvrages) regroupent les fonds de la famille, de Jean Calvet et d’Élie Decahors.
Le Cahier vert de Maurice (1832–1835), sauvé de l’autodafé par son ami Paul Quemper, et le Journal d’Eugénie (1834–1841), destiné à son frère, sont les joyaux du musée. Ces textes intimes, mêlant paysages, religion et amour fraternel, ont été préservés malgré les bombardements de 1941. Le musée conserve aussi les papiers d’érudits comme Émile Barthès (biographe d’Eugénie), Élie Decahors (spécialiste de Maurice), ou Fernand Barthe (fondateur de l’Amitié Guérinienne), qui ont enrichi les archives par des dons successifs.
Le domaine du Cayla, classifié comme espace reliquaire, illustre l’ethnologie rurale du Gaillacois : vignes, bois et terres agricoles y côtoient des traces de l’élevage et de la vie des hobereaux de province. Les archives familiales (livres de raison, cahiers-journaux) documentent l’exploitation du domaine, tandis que les correspondances éclairent les mentalités de l’époque. Le musée, labellisé Musée de France, s’inscrit dans une démarche de préservation patrimoniale, alliant mémoire littéraire et valorisation du paysage historique.
L’Amitié Guérinienne, fondée en 1920 par Émile Barthès et Élie Decahors, a joué un rôle clé dans la sauvegarde des archives et la promotion de l’héritage des Guérin. Des figures comme Pierre Moisset (curé d’Andillac) ou Damien Bertrand (aumônier) ont contribué à rassembler des documents dispersés, tandis que Jean Calvet, maire de Gaillac et conservateur du musée jusqu’en 1965, a structuré les collections. Aujourd’hui, le site reste un lieu de pèlerinage littéraire, où se croisent histoire locale, ethnologie et création contemporaine.