Origine et histoire du Musée Garinet
Le musée Garinet occupe l'ancien hôtel des Vidames, un édifice gothique en pierre et brique construit à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, dont la datation est confirmée par les moulures des baies sur cour et des poutres mises au jour en 1985. Considéré comme le plus ancien bâtiment civil en pierre de Châlons, il aurait été édifié vers 1515 par Claude Raulet, bailli de l'évêque. En 1599 Philippe de Thomassin transféra dans cet hôtel le siège du vidamé ; le bâtiment passa ensuite, par achat, à Pierre Guillaume qui y entreprit d’importants travaux dont le portail sculpté sur la façade ouest est l’un des rares vestiges visibles après les remaniements du XIXe siècle. Le vidamé disparut à la Révolution et l'hôtel fut acquis par Claude Joseph Garinet le 20 mars 1801, qui le transforma en demeure bourgeoise en 1832 ; la façade sur rue et la toiture datent de cette époque. Jules Garinet, fils du propriétaire, y habita ensuite ; à la mort de Mme Garinet, la ville reçut en legs l'hôtel, les collections et la bibliothèque afin d'en faire un musée portant le nom du collectionneur. Le legs fut définitivement accepté en 1899 et des travaux intérieurs furent réalisés ; le musée est ouvert au public depuis cette date, mais il ne se visite que sur rendez-vous. Durant la Seconde Guerre mondiale l'hôtel fut occupé de 1940 à 1944, les communs furent rasés en 1958, des étais placés en 1977 pour consolider la façade ouest, et des campagnes de restauration ont été menées à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Aujourd'hui le musée conserve des éléments intérieurs contemporains de la construction ainsi que des aménagements des XVIIIe et XIXe siècles ; dans la cour a été remonté en 1958 le portail de l'ancien couvent Sainte-Marie. Les façades et le portail de l'ancien séminaire situés dans la cour du musée ont été inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 27 mai 1980.
Bibliographe, érudit et collectionneur, Jules Garinet réunit chez lui une riche bibliothèque, une galerie de tableaux et de nombreux objets d’art et souvenirs historiques ; son épouse Marguerite-Victoire Garinet légua à la ville sa bibliothèque de 33 000 volumes, l’immeuble et l’ensemble des collections à la condition qu’ils servent à créer un musée portant le nom de son mari. Les collections du musée comprennent des émaux et des faïences, un service de faïence de Paris, un baromètre daté de 1653, un bureau Louis XVI, un ivoire du XIXe siècle représentant Henri IV et divers objets décoratifs et de cabinet de curiosités. On y remarque aussi une importante collection de souvenirs napoléoniens, dont une lettre de Napoléon Ier au prince Eugène, ainsi que des portraits, notamment de Juliette Récamier et de l’évêque Félix III Vialard de Herse, et un portrait anonyme de Louis XVII. Le fonds pictural rassemble des œuvres et attributions variées : La Vierge et sainte Anne par Le Maître (1499), une Vanité de Simon Renard de Saint-André, un Intérieur d'office de Frans Snyders (actuellement en restauration), une Jeune femme couronnée de lauriers de Pierre Subleyras, Trois jeunes filles lisant de Frans Floris, une Flagellation attribuée à Mattia Preti, La Diseuse de bonne aventure de Jean Broc (monogrammée I B et datée 1819), une Jeune femme de Caroline Swagers et Ruth glanant dans les champs de Booz d'Alexandre Cabanel (1886). Le musée abrite enfin la collection Mohen, composée de 98 maquettes en bois de monuments français sculptées par le docteur Charles-Joseph Mohen, ensemble considéré comme le plus important de France hors Paris.
Pour approfondir, on se référera notamment à l’article de Jean-Paul Barbier et Jean-Pierre Ravaux, « Le musée Garinet », publié dans Les Vieilles Maisons françaises (mai 1975), et au texte de Frédéric Chef, Un musée dans le formol, dans Etranges Pays de Marne (éditions du Coq à l'Âne, 2001).