Origine et histoire
Le musée Grévin trouve ses racines dans une tradition ancienne de représentation en cire des personnalités royales et historiques. Dès le XVIIe siècle, des artistes comme Antoine Benoist créent des masques funéraires en cire, popularisant les « cabinets de cire ». Au XVIIIe siècle, Philippe Curtius, aidé de Marie Tussaud, expose des figures royales au Palais-Royal. Après la Révolution, Tussaud émigre à Londres et y fonde en 1835 son célèbre musée, inspirant plusieurs tentatives parisiennes éphémères au XIXe siècle, comme le musée Hartkoff (1865) ou le Musée français de Jules Talrich (1867), sans succès durable.
Le musée Grévin naît en 1881 de l’initiative d’Arthur Meyer, directeur du journal Le Gaulois, souhaitant donner un visage aux personnalités de l’actualité, à une époque où la photographie reste rare dans la presse. Il s’associe au sculpteur Alfred Grévin, déjà caricaturiste pour son journal, pour créer des statues en cire. Le musée ouvre le 5 juin 1882 et connaît un succès immédiat. En 1883, Gabriel Thomas, financier à l’origine de la tour Eiffel, reprend le projet, structurant son développement jusqu’en 1999. Le musée s’enrichit rapidement de décors baroques, d’un théâtre (1884), et du Palais des Mirages (1908), tout en intégrant des innovations comme les pantomimes lumineuses d’Émile Reynaud en 1892.
Le musée évolue avec son époque, passant de 200 à plus de 2 000 figures créées depuis 1882, renouvelées selon l’actualité. Des scènes historiques (Révolution française, Napoléon) côtoient des célébrités modernes, tandis que des succursales voient le jour en France (Lourdes, Mont-Saint-Michel) et à l’étranger (Montréal, Prague, Séoul) entre les années 1970 et 2010. En 2001, l’Académie Grévin, présidée par Stéphane Bern, est créée pour sélectionner les nouvelles personnalités exposées. Le musée, toujours privé, reste un lieu emblématique du divertissement parisien, mêlant art, histoire et technologie.
Le théâtre Grévin, inscrit aux monuments historiques en 1964, abrite un rideau de scène peint par Jules Chéret et un haut-relief d’Antoine Bourdelle. Le musée, situé au 10 boulevard Montmartre, attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs. Son atelier, où sont fabriquées les statues (34 kg de cire et 22 litres de peinture par personnage), perpétue un savoir-faire artisanal impliquant sculpteurs, peintres et costumiers. Certaines figures historiques, comme La Mort de Marat (1889), sont exposées depuis plus d’un siècle.
Le musée a également essaimé à travers des projets éphémères, comme une péniche sillonnant les canaux du Nord de la France (1950–1958) ou des annexes au Forum des Halles (1981–1996). Malgré des fermetures (Prague en 2018, Montréal en 2021), la marque Grévin perdure, avec des ouvertures récentes comme Chaplin’s World en Suisse (2016). Les statues retirées, comme celles de Georges Marchais ou Valéry Giscard d’Estaing, sont conservées dans un entrepôt, témoignant de l’évolution des célébrités et de la mémoire collective.