Origine et histoire du Musée de la Parfumerie
Le Musée International de la Parfumerie (MIP) de Grasse est né d’une initiative privée en 1918, lorsque François Carnot, fils du président Sadi Carnot, créa un musée des arts décoratifs incluant des objets locaux comme des parfums. En 1921, Georges Vindry, nommé conservateur à 25 ans, commença à rassembler des machines et outils liés à la parfumerie, malgré l’opposition des industriels locaux craignant une banalisation de leur secteur luxueux. Pendant 50 ans, il constitua une collection technique, tandis que les pseudo-musées privés, combinant attractions et vente de parfums, dominaient le paysage touristique grassois.
La concrétisation du projet public intervint en 1978, lorsque la municipalité racheta l’ancien hôtel Pontevès (1778), siège historique du Directoire après la Révolution. Ce bâtiment, transformé en musée, fut inauguré en 1989 après des décennies de tensions entre préservation patrimoniale et intérêts industriels. Les rénovations majeures (1998, 2004–2008) agrandirent le site à 3 500 m2, intégrant des espaces pédagogiques et une serre. Le MIP devint alors un symbole de la mémoire industrielle grassoise, face à la disparition progressive des parfumeries locales, rachetées par des groupes internationaux.
Le musée s’organise autour de cinq périodes chronologiques (Antiquité à l’époque contemporaine) et met en valeur 50 000 objets : flacons, affiches, machines, et matières premières comme les roses de mai ou le jasmin. Ses jardins, situés à Mouans-Sartoux et ouverts en 2013, abritent 700 espèces végétales à parfum, labellisés « Jardin remarquable » en 2022. Le MIP collabore avec des institutions comme l’Osmothèque ou l’ISIPCA, tout en navigant entre deux missions : préserver l’héritage technique (usines, outils) et promouvoir l’image glamour des parfums, reflétant les stratégies marketing des grandes maisons.
L’inscription des savoir-faire grassois à l’UNESCO en 2018 consacre le musée comme acteur clé de la patrimonialisation locale. Cependant, les réaménagements récents (2018–2019) ont réduit l’espace dédié aux machines industrielles au profit d’expositions sur les flacons et publicités, illustrant une tension entre histoire objective et narration idéalisée. Financé en partie par des associations comme l’ARMIP, le MIP reste un lieu vivant, entre mémoire ouvrière et célébration d’un luxe intemporel.
Le bâtiment lui-même mêle plusieurs époques : un rempart du XIVe siècle côté nord, une façade du XIXe siècle héritée de la parfumerie Hugues Aîné, et des fresques révolutionnaires classées dans les salons de l’hôtel Pontevès. Ce dernier, confisqué en 1793 comme bien national, fut tour à tour siège administratif, usine d’huile d’olive (1802), puis musée. Aujourd’hui, le MIP se présente comme un « lieu de mémoire » unique, où l’art contemporain dialogue avec les collections historiques, tout en interrogeant les enjeux de la muséographie industrielle.