Origine et histoire du Musée Jeanne d'Aboville
Le musée Jeanne d’Aboville trouve son origine dans le legs de la comtesse d’Héricourt de Valincourt (1798-1875), née Gabrielle Uranie Le Maistre. En 1860, elle lègue par testament sa collection de 500 tableaux à la ville de La Fère, à condition que le musée porte le nom de sa mère, Jeanne Gabrielle d'Aboville (1772-1853), qui lui avait permis de cultiver sa passion pour les arts. Issue de la noblesse locale, la comtesse, mélomane et amatrice d’art, souhaitait ainsi marquer son attachement à sa ville natale, alors place forte militaire.
La collection, exposée partiellement dès 1869, trouve son écrin définitif dans les années 1880 avec la construction d’un bâtiment dédié. À partir de 1881, l’intégralité des œuvres est présentée selon les codes muséographiques de l’époque : des murs entièrement couverts de tableaux accrochés cadre contre cadre. Ce fonds, principalement composé de peintures flamandes et hollandaises des XVe–XIXe siècles, reflète les goûts d’une collectionneuse du milieu du XIXe siècle, avec une prédilection pour les primitifs flamands et les paysages intimes.
Le musée s’enrichit ultérieurement d’un département archéologique dans les années 1980, grâce au legs de Pierre Foulon. Ce dernier offre un ensemble de pièces issues de fouilles locales (Versigny), couvrant la Préhistoire au Haut Moyen Âge, avec une dominante antique. Parmi les artefacts notables figurent des outils paléolithiques, des céramiques gallo-romaines, et des armes mérovingiennes, illustrant l’histoire régionale depuis les premières occupations humaines.
Les collections picturales, bien que réduites à environ 400 œuvres après les pertes liées aux guerres (1870, 1914-1918, 1939-1945), restent remarquables par leur cohérence thématique. Les sujets privilégient l’intimité, la nature et la spiritualité, avec des œuvres majeures comme La Résurrection de Lazare d’Aartgens de Leyde ou Ruines de l’abbaye d’Egmond de Salomon van Ruysdael. La collection inclut aussi des pièces italiennes (Gandolfino d’Asti) et françaises (Claude Déruet, Élisabeth Vigée-Lebrun), ainsi que des natures mortes reflétant les contrastes culturels entre Nord et Sud.
Aujourd’hui, le musée organise ses 400 peintures et objets archéologiques sur trois niveaux : rez-de-chaussée dédié à l’archéologie, premier étage aux primitifs et maniéristes hollandais, second étage aux écoles italienne et française. Actif dans les prêts d’œuvres et la pédagogie, il propose des ateliers pour les scolaires, centrés sur l’interprétation des collections. Son label « Musée de France » et son ancrage local en font un acteur culturel clé des Hauts-de-France.