Origine et histoire du Musée Louis Vouland
Le musée Louis-Vouland est abrité dans un hôtel particulier construit en 1879 à Avignon, à l’initiative de Mathilde de Thysebaërt, épouse de Marie Xavier Arthur de Villeneuve-Esclapon, alors secrétaire général du département de Vaucluse. Le couple réside brièvement dans cette demeure avant de la vendre en 1897 à Marie Camp. Après sa mort, l’hôtel est acquis en 1927 par Louis Vouland, industriel et collectionneur passionné, qui le meuble avec des pièces acquises lors de ventes prestigieuses, notamment à l’Hôtel Drouot. À sa mort en 1973, il lègue l’hôtel et ses collections à la Fondation de France pour en faire un musée, géré depuis 1977 par la Fondation Louis Vouland, reconnue d’utilité publique.
La collection du musée se distingue par sa richesse en arts décoratifs des XVIIe et XVIIIe siècles, avec un accent particulier sur les faïences provençales. Les pièces phares incluent des faïences de Moustiers et de Marseille, des majoliques italiennes de Faenza, ainsi que des céramiques hispano-mauresques, ottomanes (Iznik) et chinoises (dynastie Ming). Les techniques représentées vont du grand feu au petit feu, illustrant l’évolution des styles, des décors en camaïeu bleu ou vert aux motifs rocaille ou aux scènes inspirées par des victoires militaires, comme la bataille de Fontenoy (1745).
Le mobilier exposé couvre les styles de la fin de la Renaissance au XVIIIe siècle, complété par une collection d’orfèvrerie du XVIIIe siècle (vaisselle, flambeaux, boîte en or et porcelaine de Saxe) et des bronzes d’ameublement. Les tapisseries, issues des ateliers des Flandres, d’Aubusson ou des Gobelins, ainsi que des tapis perses ou caucasiens, ajoutent une dimension textile à l’ensemble. La peinture y est moins représentée, mais on y trouve des œuvres anciennes (panneaux catalans du XVIe siècle, tableau de l’atelier de Joos van Cleve) et des toiles hollandaises ou provençales des XVIIIe et XIXe siècles, ainsi que des estampes de Joseph Vernet gravées par Le Bas.
Les faïences occupent une place centrale, avec des pièces signées par des artisans locaux comme Joseph Fauchier (décors polychromes rocaille), la Veuve Perrin (technique du petit feu, formes variées) et Gaspard Robert (pâte fine et émaux blancs). Ces collections reflètent à la fois l’influence des échanges commerciaux (porcelaines des Indes, faïences de Delft) et l’excellence des ateliers provençaux, adaptant leurs productions aux goûts changeants des élites européennes. Le musée offre ainsi un panorama des savoir-faire artisanaux et des influences artistiques qui ont marqué la Provence et au-delà.
L’histoire de l’hôtel particulier lui-même est liée à l’aristocratie locale et à la bourgeoisie industrielle. Construit pour une famille noble (Villeneuve-Esclapon), il passe entre les mains de propriétaires privés avant d’être transformé en musée grâce à la passion collectionneuse de Louis Vouland. Ce dernier, en léguant sa demeure et ses trésors, a permis de préserver un patrimoine artistique et historique unique, aujourd’hui accessible au public. La gestion par une fondation garantit la pérennité de ce lieu, où se mêlent histoire de l’art, mémoire locale et héritage européen.