Origine et histoire du Musée Maritime de l'Ile Tatihou
Témoin bien conservé de l’architecture militaire de Vauban, l’île de Tatihou accueille dès le début du XVIIIe siècle un lazaret destiné aux quarantaines, puis un hôpital et, plus tard, une station du Muséum national d’histoire naturelle. Située dans la rade de Saint‑Vaast‑la‑Hougue, Tatihou appartient à la commune éponyme, au département de la Manche, en Normandie ; elle couvre 29 hectares et n’est pas habitée de façon permanente. L’île, propriété du Conservatoire du littoral, est accessible à pied à certaines marées basses ou par un véhicule amphibie ; elle se trouve à 1 400 mètres du rivage et l’îlot voisin, l’Ilet, distant d’environ 100 mètres, porte un ouvrage prévu pour 60 hommes. Des campagnes de fouilles sous‑marines et terrestres, conduites notamment par M. L’Hour, Cyril Marcigny et Vincent Carpentier, ont mis en évidence une occupation continue depuis le Néolithique et une forte densification pendant l’âge du Bronze, avec un réseau parcellaire et plusieurs habitats datés entre 1500 et 1250 avant notre ère. Après un hiatus, l’île voit la réinstallation d’un établissement agricole à la fin de l’âge du Fer ; des structures d’habitat circulaire, des greniers sur piliers, des fours, des tessons et des milliers de silex taillés ont été retrouvés. Aux XVIe et XVIIe siècles, l’île est le théâtre d’événements militaires locaux et joue un rôle lors de la bataille de la Hougue en 1692, au cours de laquelle plusieurs vaisseaux français sont échoués et brûlés à proximité ; une chapelle y est mentionnée comme réserve de vivres pour les garnisons jusqu’à la Révolution. À partir de 1694, Benjamin de Combes, disciple de Vauban, fait édifier la tour de Tatihou et d’autres travaux défensifs se poursuivent jusqu’au XIXe siècle ; ces tours figurent parmi les sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008. En 1708, Adrien Morel de Courcy repousse pendant plusieurs semaines une tentative de débarquement anglais depuis l’île. Après la peste de Marseille, le pouvoir royal installe sur l’île un lazaret pour protéger les côtes du royaume, puis un hôpital est ajouté au début du XIXe siècle ; cet ensemble sanitaire fonctionne jusqu’aux années 1860. À la fin du XIXe siècle, les bâtiments servent au Muséum national d’histoire naturelle qui y implante sa première station maritime et y mène des recherches jusqu’en 1923, avant le transfert du laboratoire à Saint‑Servan puis à Dinard. Pendant la Première Guerre mondiale, l’île est utilisée comme lieu de détention pour des civils ennemis, puis elle abrite entre les deux conflits un aérium pour enfants géré par le ministère de l’Instruction publique et, au printemps 1939, elle reçoit des réfugiés de la guerre civile espagnole. Sous l’Occupation, Tatihou est militarisée par les Allemands, avec casernes, blockhaus et zones minées. De 1948 à 1984, l’île accueille un centre de rééducation pour adolescents qui dispense des formations professionnelles et organise, l’été, des colonies sanitaires ; le centre dispose d’un bateau d’accès et d’un système d’alerte local, et il logeait intra‑muros dans l’ancien lazaret. Après la fermeture du centre en 1984, les installations sont abandonnées puis dégradées ; le Conservatoire du littoral prend la main en 1989 et engage, en convention avec le conseil général de la Manche, des travaux de réhabilitation. Le musée maritime ouvre en 1992 pour le tricentenaire de la bataille de la Hougue et présente le mobilier archéologique issu des épaves ainsi que des collections sur la pêche et la construction navale, complétées par des expositions temporaires. Le patrimoine de l’île comprend le fort de Tatihou et sa tour Vauban, la ferme retranchée qui abrite une chapelle et un magasin à poudre, l’ancien lazaret entouré d’une enceinte à meurtrières et transformé en laboratoire par le Muséum, une réserve ornithologique de trois hectares établie en 1990 et gérée par le Groupe ornithologique normand, ainsi qu’une maison des douaniers. La réserve sert de zone d’hivernage et d’étape migratoire pour plus de 150 espèces d’oiseaux non marins, parmi lesquelles goélands, tadornes, huîtriers, pigeons, aigrettes et divers canards ; ces populations et les habitats sous‑marins ont motivé une proposition d’inscription au réseau Natura 2000. Un jardin botanique d’environ 800 m² et un jardin maritime rassemblent plusieurs centaines d’espèces littorales. Chaque année depuis 1995, l’île accueille aux alentours de la mi‑août le festival des Traversées de Tatihou, dont les horaires sont adaptés aux marées et qui se visite à pied par le sentier du Rhun lors des coefficients favorables ; l’île propose par ailleurs des stages et manifestations musicales tout au long de l’année. Liaisons régulières sont assurées par un véhicule amphibie qui dessert le petit port, avec une jauge limitée à 500 visiteurs par jour, et le Tatihou II a été remplacé au printemps 2023 par le Tatihou III.