Origine et histoire du Musée de la Céramique
Le Musée national de Céramique de Sèvres est indissociable de la Manufacture nationale de Sèvres, fondée en 1740 à Vincennes sous l’impulsion de Louis XV et de Madame de Pompadour pour concurrencer les porcelaines de Meissen et Chantilly. Transférée à Sèvres en 1756, la manufacture s’installe dans un bâtiment de 130 mètres de long conçu par l’architecte Lindet, sous la supervision de Jean-Rodolphe Perronet, à proximité du château de Bellevue. Ce site, organisé en ateliers spécialisés (moulage, peinture, cuisson), devient le fournisseur officiel des cours européennes et symbolise l’excellence française en céramique.
La production initiale repose sur la porcelaine tendre, dont le secret est maîtrisé par Louis-François Gravant. À partir de 1759, sous la direction de Jacques-René Boileau, la manufacture cherche à percer les mystères de la porcelaine dure, achetant des procédés auprès de la famille Hannong. La découverte du kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche en 1765 permet enfin de produire cette porcelaine résistante, commercialisée dès 1773. L’ère d’Alexandre Brongniart (1800-1847) marque l’apogée de Sèvres, avec des innovations comme le fond écaille et une renommée internationale.
En 1876, la manufacture s’installe dans des bâtiments modernes en bordure du parc de Saint-Cloud, où elle coexiste aujourd’hui avec le musée. Ce dernier, créé pour conserver les collections historiques, fusionne en 2010 avec la manufacture au sein de la Cité de la céramique - Sèvres et Limoges. Classée monument historique, la manufacture perpétue un savoir-faire artisanal unique, alliant rééditions de modèles anciens et créations contemporaines, tout en approvisionnant l’État français (Présidence, ministères, ambassades).
Les fours à bois du XIXe siècle, classés en 1993, illustrent ce patrimoine technique. Fonctionnant au bouleau, ils permettent des cuissons à haute température (jusqu’à 1 300 °C) pour des pièces exceptionnelles, comme lors de la dernière cuisson publique en 2021. Le bleu de Sèvres, couleur emblématique à base d’oxyde de cobalt, et les décors en kaolin de Saint-Yrieix témoignent de cette tradition. Depuis 2025, la manufacture est intégrée aux Manufactures nationales - Sèvres & Mobilier national, sous tutelle du ministère de la Culture.
Le site, ouvert au public, abrite aussi une école de céramique et deux galeries d’exposition (Sèvres et Paris). Malgré des polémiques récentes sur la démolition partielle de son enceinte classée, la manufacture reste un lieu vivant, mêlant production artisanale, recherche et diffusion culturelle. Ses créations, visibles dans les plus grands salons d’art contemporain (FIAC, PAD), perpétuent un héritage de près de trois siècles, entre patrimoine et innovation.