Origine et histoire du Musée
Le musée national Jean-Jacques-Henner est installé dans un hôtel particulier construit entre 1876 et 1878 par l'architecte Nicolas-Félix Escalier pour le peintre Guillaume Dubufe. Ce dernier, figure en vue de la Troisième République, y aménage un lieu mêlant vie domestique, réception et création artistique, reflétant le goût éclectique de l’époque avec des influences chinoises, orientales et néo-Renaissance. L’hôtel, décrit comme une vitrine du savoir-faire décoratif de Dubufe, inclut un jardin d’hiver, des salons richement ornés et des ateliers aux décors exotiques, comme des moucharabiehs égyptiens.
En 1921, Marie Henner, veuve du neveu du peintre Jean-Jacques Henner, acquiert l’hôtel aux héritiers de Dubufe pour y exposer les œuvres de l’artiste alsacien, qu’elle lègue à l’État en 1923. Le musée ouvre ses portes en 1924, après des travaux dirigés par l’architecte Marcel Legendre, qui transforment notamment le salon néo-Renaissance en « salon aux colonnes » et masquent la mosaïque originale du jardin d’hiver sous une dalle de béton. L’accrochage initial, dense et thématique, met en valeur la carrière officielle de Henner et son atelier, à travers des portraits, paysages alsaciens et œuvres majeures comme L’Alsace, elle attend.
Le musée, seul établissement public national du 17e arrondissement, subit deux campagnes majeures de rénovation. La première, en 2008-2009, restaure la polychromie d’origine des murs et modernise l’accessibilité, tandis que la seconde (2014-2016) révèle la mosaïque cachée du jardin d’hiver et réaménage les espaces d’exposition. En 2017, le musée est rattaché à un nouvel établissement public regroupant également le musée Gustave-Moreau. Son parcours muséographique, organisé sur quatre niveaux, alterne entre œuvres permanentes (dont Les Naïades, la plus monumentale) et expositions temporaires dans des espaces modulables comme le salon aux colonnes.
L’hôtel particulier, témoin de l’architecture privée sous la IIIe République, conserve des éléments décoratifs originaux de Dubufe, tels que les moucharabiehs ou les carreaux de faïence de Delft. Ces détails, associés à la collection de Henner (520 toiles, 1 000 dessins), en font un lieu unique où dialoguent histoire de l’art et patrimoine architectural. Les réserves, créées lors des dernières rénovations, abritent désormais les collections non exposées, tandis que les étages supérieurs, surélevés en 1935, restent inaccessibles au public.
La vie sociale de Jean-Jacques Henner transparaît à travers ses portraits et sa correspondance, exposés dans l’atelier rouge du premier étage. Ce dernier, centré sur son tableau emblématique L’Alsace, elle attend, illustre sa carrière officielle, marquée par des commandes prestigieuses et des distinctions comme le prix de Rome. Les salles rouges du premier étage évoquent ses débuts en Alsace et son séjour italien, avec des œuvres comme Adam et Ève trouvant le corps d’Abel, tandis que l’atelier gris du troisième étage révèle son processus créatif à travers esquisses et œuvres inachevées.
Depuis sa création, le musée s’enrichit par des dons privés, des legs et des dépôts d’institutions comme le Louvre ou Orsay, à l’image de Saint Sébastien ou Solitude. En 1998, il acquiert sa première œuvre, le Portrait de la Comtesse de Callac. Les collections graphiques (1 300 dessins, gravures, photographies) sont présentées par rotation, complétées par des peintures et sculptures d’artistes contemporains de Henner, comme Paul Dubois ou Adolphe Monticelli. Proche du parc Monceau, le musée reste un lieu de diffusion culturelle pluridisciplinaire, accueillant concerts et expositions temporaires.