Origine et histoire du Musée Soulages
Le musée Soulages est un projet né de l’initiative de Marc Censi, maire de Rodez de 1983 à 2008, avec l’accord de Pierre Soulages, profondément attaché à la région, notamment à l’abbatiale de Conques qui inspira sa vocation artistique. L’artiste y réalisa les vitraux entre 1987 et 1994, et la proposition d’exposer les maquettes préparatoires au musée l’enthousiasma. Malgré des polémiques initiales sur le financement et l’utilité d’un troisième musée dans une agglomération de 52 000 habitants, le projet obtint le label « Musée de France » dès 2005, avant même le début des travaux.
Le musée fut conçu par l’agence catalane RCR Arquitectes, lauréate d’un concours international, en collaboration avec Passelac & Roques Arquitectes. Implanté sur le plateau du Foirail, à proximité du centre historique et de la cathédrale Notre-Dame de Rodez, le bâtiment se distingue par cinq volumes en acier Corten émergent d’un long socle, intégrant des vues panoramiques sur les paysages de l’Aubrac. Ce choix architectural, primé par le Prix Pritzker en 2017, reflète une volonté de dialogue entre modernité et patrimoine, tout en offrant des espaces dédiés aux expositions temporaires d’art contemporain.
L’inauguration eut lieu le 30 mai 2014 en présence du président François Hollande et de Pierre Soulages. Le musée repose sur quatre donations majeures de l’artiste (2005, 2012, 2020, 2023), totalisant plus de 500 œuvres, dont des peintures, estampes, bronzes et documents préparatoires pour les vitraux de Conques. Ces dons, estimés à plusieurs millions d’euros, font du musée le seul au monde à présenter l’intégralité de l’œuvre peint de Soulages, des premières toiles figuratives (1934) à ses dernières créations. Le musée a franchi le cap du million de visiteurs en 2021, confirmant son rayonnement culturel et touristique.
Le financement du projet, d’un coût de 25 millions d’euros, fut assuré par la Communauté d’agglomération du Grand Rodez, l’État, la Région Occitanie et le Département de l’Aveyron. Dès son ouverture, le budget annuel de fonctionnement fut estimé à 1,2 million d’euros pour 100 000 visiteurs prévus, un objectif largement dépassé (136 000 visiteurs en 2019). Le musée s’inscrit dans un pôle culturel élargi sur le plateau du Foirail, incluant une salle des fêtes, un complexe cinématographique et des équipements sportifs, renforçant l’attractivité de Rodez.
L’architecture du musée, pensée comme « un musée dans un jardin », tire parti de son implantation sur un talus pour offrir des perspectives sur le paysage environnant, réinterprétant les fenestras (squares panoramiques) traditionnels de Rodez. Les cinq volumes en acier rouillé, associés à des matériaux bruts comme le béton et le verre, créent un contraste avec le centre historique médiéval. En 2015, RCR Arquitectes reçut le prix d’architecture espagnole internationale pour ce projet, puis le Prix Pritzker en 2017, consacrant son approche poétique et contextuelle.
Le fonds initial du musée provient de la donation de 2005, incluant 250 œuvres (peintures, estampes, bronzes, documents préparatoires pour Conques) et un fonds documentaire rare. Les donations ultérieures, comme celle de 2020 avec un outrenoir de 2019 et des œuvres des années 1940-50, ou celle de 2023 (sept toiles dont quatre polyptyques), ont enrichi la collection. En 2020, le galeriste Karsten Greve offrit également un polyptyque majeur de 1997. Ces apports font du musée un centre de référence pour l’étude de l’œuvre de Soulages, complété par des expositions temporaires d’art moderne et contemporain.