Origine et histoire du Musée Stendhal
Le Musée Stendhal de Grenoble occupe un ensemble immobilier des XVIe et XVIIe siècles, composé de deux maisons bourgeoises ayant appartenu au docteur Henri Gagnon, grand-père maternel de l’écrivain. Situé 20, Grande Rue, ce lieu fut le cadre de vie de Stendhal (Henri Beyle) entre 1790 et 1796, après la mort de sa mère. L’appartement, transformé en musée en 1978, reflète l’atmosphère intellectuelle et sociale qui marqua sa jeunesse, notamment à travers le salon à l’italienne et le cabinet d’histoire naturelle, typiques de la bourgeoisie éclairée de l’époque.
L’idée d’un musée dédié à Stendhal émerge en 1920 avec une exposition temporaire, avant que le premier musée ne soit inauguré en 1934 dans une chapelle des Ursulines. En 1970, il déménage à l’Hôtel de Lesdiguières, puis en 2012, le projet actuel est finalisé, intégrant l’appartement Gagnon, l’appartement natal de Stendhal (14, rue Jean-Jacques-Rousseau), et les collections de la Bibliothèque municipale. Ces trois sites, reliés par un itinéraire littéraire, sont labellisés Musée de France (2003) et Maisons des Illustres (2011).
L’appartement Gagnon, classé monument historique en 2000, a été restauré pour restituer son ambiance d’origine : salon d’apparat, cabinet d’histoire naturelle avec des spécimens du Muséum de Grenoble, et chambre de Romain Gagnon, oncle libertin de Stendhal. La terrasse surplombant le Jardin de Ville, aménagée en observatoire astronomique par le docteur Gagnon, complète ce lieu où l’écrivain puisa son inspiration, notamment pour Vie de Henry Brulard.
La collection du musée, initiée en 1861 par un don de Madame Louis Crozet, compte aujourd’hui 40 000 pages de manuscrits (soit 75 % des écrits conservés dans le monde), 10 000 ouvrages, ainsi que peintures, bustes et lithographies. Des expositions temporaires, comme Stendhal, un républicain rouge et noir (2015), explorent les dimensions politiques et artistiques de son œuvre. Le musée organise aussi des ateliers d’écriture, des cercles de lecture et des événements littéraires, perpétuant son lien avec la création contemporaine.
L’architecture et la muséographie, repensées par Cédric Avenier et Marianne Klapisch, mêlent restauration historique et éléments contemporains pour évoquer l’époque de Stendhal. Le musée s’inscrit dans un réseau patrimonial grenoblois, incluant la Maison natale de l’écrivain et la Bibliothèque municipale, offrant une immersion dans la Grenoble des Lumières et du Premier Empire, période charnière pour la formation de sa pensée.
Le docteur Henri Gagnon (1728–1813), figure centrale du musée, incarna l’esprit des Lumières à Grenoble. Médecin éclairé, il reçut dans son salon la bonne société locale et initia son petit-fils à l’observation scientifique et sociale. La Journée des Tuiles (7 juin 1788), événement pré-révolutionnaire, fut observée par le jeune Stendhal depuis cet appartement, illustrant son ancrage dans l’histoire grenobloise. Le musée célèbre ainsi le double héritage de l’écrivain : un lieu de mémoire familiale et un laboratoire d’idées.