Origine et histoire du Musée zoologique de la ville
Le Musée zoologique de Strasbourg trouve son origine dans le cabinet d’histoire naturelle de Jean Hermann (1738-1800), médecin et naturaliste strasbourgeois. Diplômé en 1762, Hermann constitue une collection exceptionnelle dans son appartement de la place Saint-Thomas, rassemblant 900 oiseaux, 200 mammifères, des reptiles, des insectes, un herbier de 17 000 plantes et 10 000 minéraux. Son réseau épistolaire avec des scientifiques comme Georges Cuvier ou Alexander von Humboldt, ainsi que sa bibliothèque de 12 000 volumes, en font un lieu de savoir reconnu en Europe, attirant plus de 3 500 visiteurs entre 1762 et 1800.
À la mort de Hermann en 1800, sa famille gère temporairement le cabinet avant de le vendre à la Ville de Strasbourg en 1804 pour éviter son démantèlement. Transférées en 1818 derrière la cathédrale, puis à la Krutenau, les collections s’enrichissent grâce à des dons et échanges, notamment avec le Muséum de Paris. Dirigé successivement par Frédéric Louis Hammer (jusqu’en 1826), Georges Louis Duvernoy (jusqu’en 1837), et Dominique Auguste Lereboullet, le musée subit des bombardements en 1870 pendant la guerre franco-prussienne, entraînant la dispersion des collections. Sous l’annexion allemande (1871-1918), il est restructuré selon le modèle disciplinaire de l’Université impériale, avec Ludwig Döderlein comme directeur à partir de 1893.
Le XXe siècle est marqué par des pertes majeures : pendant la Seconde Guerre mondiale, les collections de grands mammifères, transférées à la manufacture des tabacs, sont détruites lors des bombardements de 1944 (45 bouquetins, 75 antilopes, 35 félidés, etc.). Le musée rouvre en 1946 sous la direction de François Gouin, qui supervise sa reconstruction jusqu’en 1976. Les décennies suivantes voient une modernisation de la muséographie, avec l’introduction de dioramas dans les années 1980, puis une rénovation complète à partir de 2019. Fermé pour travaux, il rouvre en septembre 2025 avec un nouveau parcours centré sur 1 800 spécimens, dont des pièces emblématiques comme un coelacanthe ou un squelette de baleine à bec d’Arnoux.
Le bâtiment, construit en 1893 dans le style Jugendstil, abrite un hall décoré de huit panneaux peints par Anton Seder et Georg Hacker, représentant des fonds marins et des jungles. Parmi les trésors du musée figurent 53 modèles en verre des Blaschka (invertébrés marins), des modèles en papier mâché du docteur Auzoux, et une ostéothèque unique en France, regroupant plus de 500 spécimens osseux. Les collections, enrichies par des expéditions coloniales allemandes (Afrique, Asie, Océanie), incluent aussi des espèces disparues ou menacées, comme le grand pingouin ou le lion de l’Atlas.
Depuis 2021, le musée est dirigé par Samuel Cordier, conservateur du patrimoine. Il s’inscrit dans le réseau des musées de la Ville de Strasbourg et collabore avec l’Université pour des projets scientifiques, comme l’inventaire des collections de l’époque allemande (1871-1918). La réouverture de 2025 introduit une muséographie contemporaine, mettant en valeur huit « animaux totem » (gorille, éléphant de mer, morse, etc.) et des expositions thématiques sur la biodiversité urbaine ou les écosystèmes du Rhin supérieur. Le musée joue ainsi un rôle clé dans la conservation du patrimoine naturel et la sensibilisation aux enjeux écologiques.