Origine et histoire de Notre-Dame-des-Aubagnans
La chapelle Notre-Dame-des-Aubagnans, située à Rochegude, est une chapelle romane fortifiée dont le gros œuvre date du XIIe siècle. Elle fut édifiée sur un petit mamelon à 113 mètres d’altitude, sur le site d’un ancien vicus gallo-romain nommé Albagnanius, l’un des plus anciens de la région. Ce monument dépendait, dès 1115, du prieuré de l’abbaye Saint-Ruf de Valence, dont les chanoines en étaient les décimateurs. Son architecture combine des éléments romans, comme l’abside en petit appareil régulier partiellement datée du IXe siècle, et des renforcements défensifs ajoutés au XIVe siècle, tels que des mâchicoulis, des meurtrières et des créneaux, reflétant son rôle de refuge pour les habitants.
Le fief des Aubagnans, initialement sous la suzeraineté de la baronnie de Montauban-sur-l'Ouvèze, passa aux Dauphins du Viennois au XIVe siècle. Il devint une enclave delphinale dans le Comtat Venaissin, un statut conservé jusqu’à la Révolution. La chapelle, inscrite aux monuments historiques depuis 1926, illustre l’art roman provençal avec une nef voûtée à 9,95 mètres, des arcs doubleaux et une façade occidentale dotée d’une bretèche défensive. Son histoire est marquée par des destructions partielles, notamment lors des guerres de Religion, et par son abandon progressif après la suppression de l’ordre de Saint-Ruf au XVIIIe siècle.
Le site, occupé dès l’Âge du Fer, abritait aussi une villa gallo-romaine dont témoignent des vestiges archéologiques, comme une statue de Bacchus en marbre blanc, aujourd’hui exposée au musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Le toponyme Aubagnans dérive du nom gallo-romain Albanius, évoluant à travers les siècles (Albagnanius en 1135, Albanhano en 1206). La chapelle, avec son bâtiment attenant en ruine, reste un témoignage des dynamiques politiques et religieuses de la région, entre influence dauphinoise et pouvoir pontifical.
Les fortifications de la chapelle, incluant des archères et un passage ménagé dans l’épaisseur des murs, répondaient aux menaces des routiers, mercenaires désœuvrés qui ravageaient la région après les conflits. Le prieuré, uni à Rochegude au XVe siècle par les Saluces, fut finalement acquis par Robert d’Acqueria en 1667. Malgré sa commende, il resta desservi par les chanoines de Saint-Ruf jusqu’en 1774. Aujourd’hui, le monument, propriété de la commune, conserve des éléments remarquables comme une corniche de modillons du XIe siècle et une couverture en lauzes.