Origine et histoire de l'Obélisque
L’obélisque de Louxor est un monument égyptien en syénite rose, érigé au XIIIe siècle av. J.-C. sous le règne de Ramsès II devant le temple d’Amon à Louxor. Commandé pour célébrer la puissance divine du pharaon, il faisait partie d’une paire d’obélisques marquant l’entrée sacrée du sanctuaire.
Ses faces sont gravées de hiéroglyphes glorifiant le souverain et le dieu Amon-Rê, avec des scènes de propagande politique et religieuse typiques du Nouvel Empire. Le contexte de sa création s’inscrit dans l’apogée de l’Égypte pharaonique, où les obélisques symbolisaient les rayons du dieu Rê et servaient de lien entre le ciel et la terre. Ces monuments, taillés dans des carrières d’Assouan, étaient transportés par le Nil jusqu’à leur lieu d’implantation, un exploit technique pour l’époque.
Louxor, alors appelée Thèbes, était la capitale religieuse et un centre de pouvoir, ce qui explique la concentration de monuments grandioses comme ceux de Karnak ou de la Vallée des Rois. L’obélisque connut une première modification majeure lors de son transport vers la France au XIXe siècle. Offert en 1830 par Méhémet Ali, vice-roi d’Égypte, à Charles X, il fut choisi par Jean-François Champollion pour son état de conservation.
Son voyage, organisé par l’ingénieur Apollinaire Lebas et le capitaine Raymond de Verninac Saint-Maur, dura près de trois ans (1831–1833), impliquant une barge spécialement conçue, le Louxor, et un périple semé d’embûches, des bancs de sable du Nil aux tempêtes en Méditerranée. Son érection sur la place de la Concorde le 25 octobre 1836 marqua un tournant symbolique pour Paris. Louis-Philippe Ier, souhaitant éviter les tensions mémorielles liées à la Révolution française, remplaça ainsi un monument dédié à Louis XVI, détruit en 1830.
L’obélisque, tourné de 90° par rapport à son orientation originale, devint un repère urbain et un outil scientifique : en 1999, un cadran solaire géant y fut installé, utilisant son ombre pour indiquer l’heure. Classé monument historique en 1937, il est le plus ancien monument de Paris, antérieur même à la fondation de la ville. Au XXe et XXIe siècles, l’obélisque a fait l’objet de restaurations et d’études approfondies.
En 1998, un pyramidion doré fut ajouté pour remplacer l’original perdu, financé par la fondation Bergé–Saint Laurent. En 2022–2023, une nouvelle campagne de restauration concerna notamment la pointe, endommagée par les intempéries et les oiseaux. Par ailleurs, des recherches récentes, comme celles de l’égyptologue Jean-Guillaume Olette-Pelletier en 2025, ont révélé des cryptographies hiéroglyphiques cachées, soulignant son rôle dans la propagande de Ramsès II.
L’obélisque est aussi un symbole culturel et militant. En 1993, Act Up-Paris le recouvrit d’un préservatif géant pour sensibiliser au sida, un acte marquant dans l’histoire de l’activisme. Aujourd’hui, il attire des millions de visiteurs annuels, servant à la fois de repère touristique, d’instrument astronomique et de témoin des échanges franco-égyptiens.
Son jumeau, resté à Louxor, rappelle les liens historiques entre les deux nations, tandis qu’à Paris, il incarne un pont entre l’Antiquité et la modernité. Enfin, sa base originale, décorée de babouins en adoration solaire, jugée trop explicite pour le XIXe siècle, est conservée au musée du Louvre. Cette pièce, comme les hiéroglyphes du monument, offre un aperçu des croyances égyptiennes, où le soleil et la royauté divine étaient indissociables.
L’obélisque de la Concorde, bien plus qu’un simple décor, reste un chef-d’œuvre d’ingénierie ancienne et un symbole intemporel de pouvoir, de science et de mémoire collective.