Origine et histoire de l'Octogone
L'octogone de Montmorillon est une chapelle romane cimétériale construite au XIIe siècle, intégrée à l'enceinte de la Maison-Dieu fondée vers 1080-1085. Classée monument historique dès 1840, elle se distingue par son plan octogonal régulier, une forme rare évoquant la croix pattée et symbolisant la Résurrection. Son architecture pourrait s'inspirer de modèles lointains comme la chapelle du Rocher de Jérusalem (681) ou la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle (792), ou de chapelles régionales aujourd'hui disparues (Limoges, Peyrat-de-Bellac).
La chapelle, édifiée sur un ossuaire, possède une double élévation et un décor sculpté remarquable : 69 modillons (animaux, monstres, têtes humaines) et des culots ornés de fleurons ou de visages grimaçants. Sa façade présente des scènes religieuses comme l'Annonciation ou les quatre évangélistes. Le chiffre 8, lié à l'éternité et à la renaissance spirituelle, justifie son usage pour une chapelle cimétériale, où la mort était perçue comme une entrée dans la vie éternelle. Un second octogone plus petit, situé à proximité, servait probablement de chauffoir.
L’octogone a subi plusieurs rénovations majeures : sa charpente et son clocher en dôme, construits entre 1611 et 1639, furent détruits en 1724. Les restaurations de 1997-1999 ont rétabli son aspect du XVIIe siècle, avec un lanternon en forme de campanile. Des sources évoquent une sacralisation du site dès la Gaule romaine, mais aucune fouille archéologique n’a confirmé ces hypothèses. Fondée par Robert du Puy à son retour de Terre sainte, la chapelle s’inscrit dans une tradition architecturale liée aux chapelles octogonales européennes, comme celles du Puy-en-Velay ou de Torres del Rio (Espagne).
Classée parmi les monuments historiques par la liste de 1840, la chapelle fait partie d’un ensemble plus large incluant un porche, un logis prioral, et des bâtiments du XVIIe siècle. Son décor intérieur, aujourd’hui partiellement effacé, comprenait des peintures murales renouvelées au fil des siècles. Les modillons extérieurs, typiques de l’art roman, illustrent des thèmes variés, allant du bestiaire fantastique à des scènes de la vie quotidienne ou religieuse. L’octogone reste un témoignage rare de l’architecture funéraire médiévale, mêlant symbolisme chrétien et influences orientales.
La Maison-Dieu de Montmorillon, à laquelle l’octogone était rattaché, était un établissement hospitalier et religieux fondé à la fin du XIe siècle. Son rôle incluait l’accueil des pèlerins et des malades, dans une région marquée par les routes vers Saint-Jacques-de-Compostelle. La chapelle octogonale, avec son symbolisme de renaissance, s’intégrait parfaitement à cette vocation, offrant un lieu de prière et de sépulture aux fidèles. Aujourd’hui, elle constitue un exemple remarquable du patrimoine roman poitevin, mêlant histoire locale et influences lointaines.