Origine et histoire de l'Opéra
L’Opéra de Lille, édifié entre 1907 et 1913 par l’architecte Louis Marie Cordonnier, remplace un précédent théâtre détruit par un incendie en 1903. Inspiré des théâtres à l’italienne et du style néo-classique, son chantier fut perturbé par la Première Guerre mondiale : occupé par les Allemands en 1914, ceux-ci achevèrent les travaux et l’inaugurèrent en 1915 sous le nom de « Théâtre allemand ». Les forces d’occupation y organisèrent des représentations jusqu’en 1918, détruisant décors et machineries avant leur départ. L’opéra rouvrit finalement en 1923 pour sa « première française », marquant le début d’une histoire mouvementée.
Le bâtiment, construit en béton armé selon le procédé Hennebique et orné de pierres de Soignies, incarne l’opulence de la Belle Époque. Sa façade Beaux-Arts, décorée par des sculpteurs comme Hippolyte Lefèbvre et Alphonse-Amédée Cordonnier, glorifie les arts avec un fronton monumental représentant Apollon et les Muses. À l’intérieur, la salle à l’italienne de 1 138 places, richement décorée de sculptures et de peintures, fut plusieurs fois réaménagée, notamment en 1973 pour agrandir la fosse d’orchestre. Classé monument historique en 1999, l’opéra ferma en 1998 pour une rénovation majeure, rouvrant en 2003 dans le cadre de Lille 2004, Capitale européenne de la culture.
L’histoire lyrique lilloise remonte au XVIIe siècle, lorsque Lille devint française en 1668. Les représentations, d’abord organisées dans la salle de l’hôtel de ville, prirent de l’ampleur avec la construction d’un théâtre par Michel Lequeux en 1787, détruit par un incendie en 1903. Au XXe siècle, l’opéra connut des périodes fastes (années 1950-1970 avec des artistes comme Georges Prêtre ou Alain Vanzo) et des crises (fermetures dans les années 1980-1990). Depuis 2003, sous la direction de Caroline Sonrier, il s’impose comme un pôle culturel dynamique, mêlant répertoire classique et créations contemporaines, avec des partenariats comme l’Orchestre National de Lille ou le Concert d’Astrée.
Architecturalement, l’opéra se distingue par son grand foyer orné de peintures de Georges Picard, ses escaliers d’honneur encadrés de statues (comme L’Idylle de Jules Déchin), et sa coupole entourée de médaillons. La rotonde, ancien bar-fumoir, abrite une sculpture d’Hippolyte Lefèbvre, La Petite Danseuse. Symbole de résilience, l’opéra a survécu aux guerres, aux crises financières et aux rivalités politiques, pour devenir un Théâtre lyrique d’intérêt national en 2017, reconnu pour son rayonnement régional et international.
La programmation actuelle reflète une volonté d’ouverture, avec des productions lyriques, des concerts et des récitals accueillant des artistes de renom (Cecilia Bartoli, Roberto Alagna). L’opéra participe aussi à des tournées et des résidences, comme celle du Chœur de l’Opéra de Lille, dirigé par Yves Parmentier. Son histoire, marquée par des reconstructions et des renaissances, en fait un témoin privilégié de la vie culturelle française, des Lumières à nos jours.