Frise chronologique
VIIe siècle av. J.-C.
Fondation du comptoir étrusque
Fondation du comptoir étrusque
VIIe siècle av. J.-C. (≈ 651 av. J.-C.)
Commerce du sel et rivalité avec Marseille.
IIe siècle av. J.-C.
Urbanisation hellénistique
Urbanisation hellénistique
IIe siècle av. J.-C. (≈ 151 av. J.-C.)
Remparts monumentaux et plan hippodamien.
Vers 4700 av. J.-C.
Premières traces néolithiques
Premières traces néolithiques
Vers 4700 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Occupation humaine attestée par céramiques cardiales.
IVe-Ve siècles
Période paléochrétienne (Ugium I)
Période paléochrétienne (Ugium I)
IVe-Ve siècles (≈ 550)
Construction de la basilique Saint-Vincent.
874
Destruction par les Sarrasins
Destruction par les Sarrasins
874 (≈ 874)
Abandon partiel de la cité.
1390
Abandon définitif
Abandon définitif
1390 (≈ 1390)
Départ des derniers habitants pour Saint-Mitre.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Les champs de fouilles et la zone de sécurité de 100 mètres de profondeur autour des parcelles protégées (cad. A 238 à 242, 254 à 267, 286 à 291, 293, 295 à 297, 305) : classement par arrêté du 16 septembre 1943
Personnages clés
| Henri Rolland - Archéologue (1887-1970) |
Fouilles majeures de 1935 à 1970. |
| Bernard Bouloumié - Archéologue spécialiste |
Sondages stratigraphiques (1974-1978). |
| Jean Chausserie-Laprée - Archéologue contemporain |
Responsable actuel du site et valorisation. |
| Raymond de Turenne - Seigneur provençal (XIVe s.) |
Destruction finale en 1390. |
Origine et histoire
L’oppidum de Saint-Blaise, classé monument historique en 1943, est un site archéologique exceptionnel situé à Saint-Mitre-les-Remparts (Bouches-du-Rhône), en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Implanté sur un éperon rocheux entre les étangs de Lavalduc et de Citis, il domine un paysage stratégique depuis le Néolithique (vers 4700 av. J.-C.). Son développement fut initialement lié à l’exploitation du sel, ressource abondante dans les étangs environnants, attirant dès le VIIe siècle av. J.-C. des marchands étrusques qui y établirent un comptoir commercial rival de Marseille. La cité connut son apogée entre les VIe et IIe siècles av. J.-C., marquée par une urbanisation proto-hellénistique, des remparts monumentaux, et des échanges méditerranéens intenses.
Les fouilles, initiées par Henri Rolland à partir de 1935, ont révélé une stratigraphie complexe en 8 couches, couvrant du Néolithique au XIVe siècle. Parmi les vestiges majeurs figurent un rempart archaïque (VIIe siècle av. J.-C.), une enceinte hellénistique à tours quadrangulaires (IIe siècle av. J.-C.), et des édifices paléochrétiens comme la basilique Saint-Vincent (IVe-Ve siècles). La cité, nommée Ugium à l’époque tardo-antique, fut détruite par les Sarrasins en 874, puis progressivement abandonnée au profit du village médiéval de Castelveyre, lui-même déserté en 1390 après les ravages de Raymond de Turenne. Les découvertes incluent aussi une nécropole wisigothique (Ve-VIe siècles) et des traces d’ateliers métallurgiques ou de stockage vinicole, témoignant d’une économie diversifiée.
Le site se distingue par son organisation urbaine hippodamienne (IIe siècle av. J.-C.), ses habitations protohistoriques (comme la Maison des Jarres), et des éléments cultuels énigmatiques, dont des piliers à entailles céphaloïdes suggérant un sanctuaire indigène comparable à ceux d’Entremont ou Glanum. Les sources d’eau douce abondantes (comme la Source de la Tourtoulane) et les fortifications successives soulignent son rôle défensif et commercial. Aujourd’hui, l’oppidum, géré par la Communauté d’agglomération du pays de Martigues, fait l’objet de programmes de valorisation pour en faire un lieu accessible au public, tout en préservant ses 15 000 artefacts archéologiques, principalement des céramiques.
La toponymie du site reste mystérieuse : les textes antiques évoquent Mastrabela (IVe siècle) ou Mastramélè (VIe siècle), mais aucun nom clair n’émerge avant Ugium (Ve-IXe siècles) puis Castelveyre (XIIe-XIVe siècles). L’absence d’inscriptions, hormis des graffites sur vases, limite les certitudes. Les recherches récentes, menées par Jean Chausserie-Laprée, visent à clarifier son organisation tardo-antique et médiévale, notamment via l’étude des remparts du XIIIe siècle et de la chapelle Saint-Blaise, dernier vestige en élévation. Classé en zone Natura 2000 et protégé par la loi de 1930, le site incarne un patrimoine à la fois local et méditerranéen, reflet des interactions entre cultures celte, grecque, romaine et médiévale.
Les habitations dégagées, comme celles de la Ville-Basse (IIe siècle av. J.-C.), révèlent une société organisée en îlots, avec des rues pavées et des maisons spécialisées (stockage, métallurgie). La Ville-Haute, réservée à l’élite, abritait peut-être des fonctions administratives ou religieuses, comme le suggère un tumulus de cendres interprété comme autel. Les destructions répétées (incendies vers 625 et 550 av. J.-C., siège romain au Ier siècle av. J.-C.) et les réoccupations partielles (comme après l’abandon du IVe siècle) illustrent une résilience remarquable. Aujourd’hui, les collections archéologiques sont conservées à Martigues, tandis que le site, en cours d’aménagement, offre un potentiel touristique et scientifique majeur pour comprendre les dynamiques culturelles de la Provence antique.