Frise chronologique
Vers 2000–500 av. J.-C.
Construction de la butte de César
Construction de la butte de César
Vers 2000–500 av. J.-C. (≈ 1250 av. J.-C.)
Tumulus funéraire probable de l’âge du bronze.
Vers 100 av. J.-C. (La Tène D1b)
Extension maximale de l’oppidum
Extension maximale de l’oppidum
Vers 100 av. J.-C. (La Tène D1b) (≈ 100 av. J.-C.)
50 ha, rempart de 800 m, capitale des Turones.
52 av. J.-C.
Hypothèse de campement de César
Hypothèse de campement de César
52 av. J.-C. (≈ 100 av. J.-C.)
Non confirmé archéologiquement après Avaricum.
Ier siècle ap. J.-C.
Transition vers l’artisanat
Transition vers l’artisanat
Ier siècle ap. J.-C. (≈ 150)
Ateliers potiers et métallurgiques pour Caesarodunum.
IVe siècle
Destruction du temple par saint Martin
Destruction du temple par saint Martin
IVe siècle (≈ 450)
Dernière mention antique (Sulpice-Sévère).
1985–1987
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1985–1987 (≈ 1986)
Protection du rempart et des *fana*.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Rempart externe (cad. F 548, 491, 493, 1300, 1825, 490, 553, 558, 559, 1148, 1181, 1239) : inscription par arrêté du 14 août 1985
Personnages clés
| Sulpice-Sévère - Biographe de saint Martin |
Mentionne la destruction d’un temple en 372–397. |
| Saint Martin - Évêque de Tours |
Aura détruit un sanctuaire païen aux Châteliers. |
| Jean-Marie Laruaz - Archéologue (XXIe siècle) |
Dirige les fouilles récentes (2013–2019). |
| André Peyrard - Archéologue (XXe siècle) |
Fouilles de sauvetage (1977–1986) pendant l’urbanisation. |
Origine et histoire
L’oppidum des Châteliers, situé à Amboise en Indre-et-Loire, est un site archéologique majeur de la Protohistoire. Implanté sur un éperon calcaire dominant de 50 mètres la confluence de la Loire et de l’Amasse, il couvre jusqu’à 50 hectares. Son occupation remonte au Paléolithique, avec une sédentarisation attestée dès le Néolithique dans sa partie occidentale, où un premier rempart enserre 8 hectares. La butte de César, tumulus probable de l’âge du bronze, en occupe le centre géométrique.
À partir de La Tène D1b (vers 100 av. J.-C.), l’oppidum s’étend vers l’est, protégé par un rempart massif de 800 mètres de long, caractéristique des éperons barrés. Les fouilles révèlent une organisation urbaine rationnelle : voies structurantes, zones artisanales spécialisées (métallurgie, poterie), et un secteur cultuel de 3 hectares abritant au moins trois fana (temples gaulois). Ambacia, nom antique du site, est alors probablement la capitale des Turones, peuple gaulois dont le territoire s’étend en Touraine.
La conquête romaine marque un tournant. Après un possible déclin sous Auguste (27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.), le site se réoriente vers des activités artisanales au Ier siècle, peut-être pour approvisionner Caesarodunum (Tours), nouvelle capitale administrative. Les ateliers de poterie, métallurgie et tabletterie prospèrent jusqu’au IIe siècle, tandis que les temples païens persistent : Sulpice-Sévère rapporte au IVe siècle la destruction d’un sanctuaire par saint Martin. L’abandon progressif entre le IIIe et le Ve siècle laisse place à des cultures, préservant paradoxalement les vestiges pour l’archéologie moderne.
Les fouilles, initiées dès le XIXe siècle et systématisées depuis les années 1970, ont exhumé des milliers d’objets : monnaies gauloises (dont des potins à la tête diabolique), statuettes votives (liées à Cernunnos ou Épona), et outils attestant d’échanges lointains (Toscane, Franche-Comté). Le rempart et les fana sont classés Monuments Historiques en 1985-1987. Aujourd’hui, le plateau, partiellement urbanisé, reste une réserve archéologique où se poursuivent les recherches, révélant l’une des plus grandes agglomérations gauloises de France.
Le site s’inscrit dans un réseau de voies antiques reliant Orléans à Tours, avec des hypothèses de ports fluviaux sur la Loire. Son déclin coïncide avec l’essor de Tours, mais son héritage topographique perdure : le château médiéval d’Amboise occupe l’extrémité de l’éperon, tandis que le rempart gaulois, encore visible, souligne la continuité millénaire entre la ville gauloise et la cité moderne.
Les études récentes, comme celles de Jean-Marie Laruaz (2009-2019), confirment le rôle central d’Ambacia dans l’urbanisation turone. Les vestiges, protégés par une couche de terre médiévale, offrent un potentiel archéologique exceptionnel, aujourd’hui valorisé par des panneaux pédagogiques pour les visiteurs.