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Ouvrage du mont Chaberton à Montgenèvre dans les Hautes-Alpes

Ouvrage du mont Chaberton

    94 Tunnel de Cesana
    05100 Montgenèvre
Propriété de la commune
Crédit photo : Riotforlife - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

XIXe siècle
Époque contemporaine
1900
2000
1898-1910
Construction de la batterie italienne
21 juin 1940
Duel d'artillerie franco-italien
1947
Annexion par la France
4 février 2021
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

L'ouvrage du mont Chaberton, en totalité, comprenant : la batterie avec le glacis, le mur de soutènement et ses arcs de décharge, la station d'arrivée du téléphérique, le local de chargement, la caserne des officiers et la caserne des troupes, le poste de garde, les galeries souterraines, le chemin d'accès vers le sommet du mont Chaberton depuis le poste de garde ainsi que les vestiges du réseau de barbelés sur supports cimentés, situés au col du Chaberton et au mont Chaberton sur les parcelles n° 11 et n°17, figurant au cadastre sur la section AC et sur les parcelles n°2 et n°3 figurant au cadastre section AD, tel que délimité en rouge sur le plan annexé à l’arrêté : inscription par arrêté du 4 février 2021

Personnages clés

Luigi Pollari Maglietta - Major du génie italien Dirigea la construction du fort (1898-1910).
Spartaco Bevilacqua - Capitaine italien Commandant du fort en 1940.
André Miguet - Lieutenant français (polytechnicien) Dirigea les tirs français en 1940.
Charles de Gaulle - Président du gouvernement provisoire Insista pour l’annexion du fort en 1947.

Origine et histoire

Le mont Chaberton, sommet des Alpes françaises culminant à 3 131 m dans le massif des Cerces, se distingue par sa forme pyramidale et son plateau sommital. Situé dans la commune de Montgenèvre (Hautes-Alpes), il appartenait à l’Italie jusqu’en 1947, intégrant alors la commune piémontaise de Cesana Torinese. Son nom usuel, « le Chaberton », évoque son profil emblématique dans le Briançonnais.

En 1898, l’Italie – membre de la Triplice depuis 1882 – entreprend la construction d’une batterie défensive au sommet, dirigée par le major Luigi Pollari Maglietta. Huit tours maçonnées de 12 m de haut, armées de canons de 149 mm sous coupoles blindées légères (50 mm à l’avant), y sont érigées entre 1898 et 1910. Une route est tracée depuis Fénils (val de Suse), et le sommet est abaissé de 6 m pour accueillir l’ouvrage, surnommé « cuirassé des nuages ». Conçu pour dominer Briançon (18 km de portée théorique, réduite à 16 km en pratique), il est alors réputé invulnérable.

Pendant la Première Guerre mondiale, les canons sont démontés en 1915 pour être redéployés contre l’Autriche-Hongrie. Réarmé sous Mussolini dans les années 1930, le fort intègre en 1940 le Vallo Alpino Occidentale, avec une garnison de 340 hommes sous le commandement du capitaine Spartaco Bevilacqua. Équipé de mitrailleuses de DCA, il menace directement les fortifications françaises du Briançonnais, comme les ouvrages du Janus ou de l’Infernet.

Le 21 juin 1940, un duel d’artillerie oppose le Chaberton à deux batteries françaises de mortiers Schneider de 280 mm, camouflées à l’Eyrette et à Poët-Morand. Dirigées par le lieutenant André Miguet (polytechnicien), ces pièces tirent depuis 10 km en contrebas, avec des trajectoires paraboliques culminant à 5 000 m. En quelques heures, six des huit tourelles italiennes sont neutralisées, causant neuf morts et cinquante blessés. Les tourelles 7 et 8, intactes, continuent de tirer jusqu’à l’armistice du 24 juin 1940.

Abandonné en 1943 puis brièvement réoccupé en 1944 par des parachutistes de la République sociale italienne, le fort est annexé par la France en 1947 via le traité de Paris, sur insistance du général de Gaulle. Les vestiges métalliques sont démantelés en 1957, ne laissant que les socles en maçonnerie et les galeries souterraines, aujourd’hui dégradées. Classé monument historique en février 2021, le site témoigne des tensions frontalières alpines et des progrès balistiques du XXe siècle.

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