Origine et histoire
La Bastille de Grenoble est un fort militaire construit au XIXe siècle, remplaçant une première fortification érigée à la fin du XVIe siècle par François de Bonne de Lesdiguières, chef des Huguenots du Dauphiné. Ce dernier y édifie en 1592 une bastille sommaire pour surveiller les approches savoyardes, après avoir pris Grenoble en 1590. L’emplacement, un épaulement glaciaire offrant une vue imprenable sur la ville et les vallées de l’Isère et du Drac, en fait un point stratégique idéal, difficile à attaquer grâce à ses falaises escarpées.
Au début du XIXe siècle, face à la menace savoyarde après le traité de Paris (1815), Louis XVIII ordonne le renforcement des fortifications. Le général Haxo dirige les travaux de 1824 à 1847, transformant l’ancienne bastille en un fort moderne doté de casemates, de bastions et d’un donjon rectiligne à trois étages. Les murs, flanqués de casemates voûtées et de fossés défendus par des demi-bastions, intègrent des innovations comme un pont-levis à contrepoids creux. Le fort du Rabot, construit entre 1840 et 1847 en contrebas, complète le dispositif pour abriter jusqu’à 900 soldats.
Le site inclut aussi des grottes-batteries creusées en 1844 dans la falaise du mont Jalla, reliées par des souterrains pour des tirs de revers. Malgré son rôle défensif initial contre la Savoie, le fort ne sera jamais utilisé en temps de guerre, rendu obsolète par l’annexion de la Savoie en 1860 et l’évolution de l’artillerie. Vauban avait déjà critiqué en 1692 l’état délabré des anciennes fortifications, qualifiant la Bastille de « colifichet fermé, sans art ni raison ».
Au XXe siècle, la Bastille se transforme en site touristique majeur, avec 600 000 visiteurs annuels. Le téléphérique, inauguré en 1934, facilite l’accès à ce point de vue exceptionnel sur les massifs alpins. Les casernes deviennent des restaurants, et les casemates abritent des musées, comme celui des troupes de montagne ou le centre d’art Bastille. Le mémorial national des troupes de montagne, inauguré en 2000 sur le mont Jalla, rend hommage aux 150 000 soldats morts depuis 1888.
Classé monument historique en 1989, l’ensemble comprend aussi des vestiges des fortifications de Lesdiguières, visibles dans les lacets de la route de La Tronche. Le jardin des Dauphins, aménagé au pied de la colline, et la via ferrata ajoutent à l’attrait du site. La Bastille illustre ainsi l’évolution des techniques militaires, de la Renaissance à l’ère moderne, tout en devenant un symbole du patrimoine grenoblois, mêlant histoire, nature et culture.