Origine et histoire du Palais
Le palais Bourbon fut commandé en 1722 par Louise-Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan, pour en faire sa résidence parisienne. Construit entre 1722 et 1728 par les architectes Giardini, Lassurance, Jean Aubert et Jacques V Gabriel, il adopte un style « à l’italienne » inspiré du Grand Trianon. Le palais, considéré comme un joyau architectural du XVIIIe siècle, fut agrandi sous Louis XV puis confisqué comme bien national en 1791 pendant la Révolution.
Dès 1798, le palais Bourbon devient le siège du Conseil des Cinq-Cents, première chambre basse de la République. Sous Napoléon Ier, l’architecte Bernard Poyet transforme la façade nord en un péristyle néo-classique à colonnes, évoquant un temple grec dédié aux Lois, en réponse symétrique à l’église de la Madeleine. L’hémicycle actuel, conçu entre 1827 et 1832 par Jules de Joly, intègre des éléments hérités des régimes précédents, comme le fauteuil présidentiel dessiné par Jacques-Louis David.
Le palais a traversé les régimes politiques français, abritant successivement le Corps législatif, la Chambre des députés, et l’Assemblée nationale depuis 1946. Son histoire est marquée par des événements dramatiques, comme l’attentat anarchiste de 1893 ou la crise du 6 février 1934, ainsi que par des symboles républicains, tels que le fronton allégorique de Cortot (1841) ou la sphère des droits de l’homme installée en 1989. Aujourd’hui, il incarne à la fois un lieu de pouvoir et un patrimoine artistique, avec sa bibliothèque décorée par Delacroix et ses collections historiques.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le palais, déserté par les parlementaires, fut occupé par l’administration allemande et la Luftwaffe. L’hémicycle servit de décor à des discours de Hitler et à un procès contre des résistants en 1942. Libéré en 1944, il retrouva sa fonction parlementaire, tout en subissant des modernisations (parking souterrain en 1980, rénovations récentes). Le débat sur la mémoire coloniale resurgit en 2020 avec les controverses autour des hommages à Colbert, rédacteur du Code noir, illustrant les tensions entre patrimoine et histoire.
Le palais Bourbon se distingue aussi par ses espaces emblématiques : la salle des Quatre-Colonnes, où les journalistes interviewent les députés depuis 1968, l’hémicycle aux sièges de velours rouge ornés de plaques commémoratives, ou la bibliothèque abritant des trésors comme le Codex Borbonicus. Son architecture, mêlant héritage princier et symboles républicains, en fait un monument à la fois politique et culturel, classé dans le site patrimonial remarquable du 7e arrondissement.