Origine et histoire du Musée des tapisseries
Le Palais de l'Archevêché d'Aix-en-Provence, aussi appelé ancien évêché, est l’un des 19 palais archiépiscopaux de France. Construit entre 1650 et 1730 sous la direction de l’architecte Laurent Vallon, il incarne le faste ecclésiastique de l’Ancien Régime en Provence. Ses bâtiments, en pierre de Bibémus typique de la région, abritaient la plus haute institution catholique provençale. La façade ouest, achevée en 1715, arbore un portail monumental orné par le sculpteur Toro, tandis que l’escalier à double révolution (1670) marque l’originalité de sa composition diagonale.
Le site, occupé depuis l’Antiquité, révèle des vestiges romains découverts en 1984-1985, dont des insulæ potentiellement liées à un rempart antique. Au Moyen Âge, les évêques d’Aix y transfèrent leur résidence au XIVe siècle, agrandissant progressivement le palais. L’aile est, construite en 1447 par Robert Damiani, et les visites royales (Charles IX, Catherine de Médicis, Louis XIII) au XVIe-XVIIe siècles soulignent son importance politique. Anne d’Autriche et Louis XIV y séjournent en 1660.
Au XVIIIe siècle, les archevêques, comme Raymond de Boisgelin (1770-1790), jouent un rôle culturel et social majeur. Boisgelin, député du clergé aux États généraux, vote l’abolition des privilèges tout en défendant les biens ecclésiastiques. Il atténue une disette en 1772 en important du blé, et contribue à la paix relative d’Aix pendant la Révolution. Les armes du portail actuelles sont celles de Mgr de Bausset-Roquefort (archevêque en 1817). Classé Monument Historique en 1942, le palais abrite depuis 1909 un musée de tapisseries.
Le Musée du Palais, labellisé Musées de France, expose des tapisseries des XVIIe-XVIIIe siècles en trois ensembles : Les Grotesques (1680, d’après Jean Bérain), L’Histoire de Don Quichotte (1735-1745, unique exemplaire mondial d’après Natoire), et Les Jeux russes (1770, d’après Leprince). Ces œuvres, tissées à la manufacture de Beauvais, proviennent de collections épiscopales ou de commanditaires comme Pierre Griniod d’Orsay. Depuis 1979, le musée s’enrichit d’art textile contemporain et d’une section Arts du spectacle, liée au Festival d’Art Lyrique d’Aix.
Le théâtre de l’Archevêché, intégré au palais, accueille depuis 1948 le Festival International d’Art Lyrique. Une Maison de l’opéra est envisagée pour centraliser les collections lyriques (costumes, décors, maquettes) issues du Festival et du théâtre du Jeu de Paume. Le musée conserve aussi des portraits d’archevêques, du mobilier des XVIIe-XVIIIe siècles, et des archives sur l’histoire locale. Son label Musée de France et son classement Monument Historique en font un lieu patrimonial majeur de Provence.