Origine et histoire du Palais
Le palais de l'Élysée, initialement nommé hôtel d'Évreux, fut construit entre 1718 et 1722 par l'architecte Armand-Claude Mollet pour Louis-Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux. Ce dernier, ambitieux mais désargenté, vendit son comté de Tancarville pour financer ce projet, sur un terrain marécageux près des futurs Champs-Élysées. Le bâtiment, de style classique, se distinguait par sa cour d'honneur arrondie, ses ailes en équerre et un décor intérieur de style Régence, dirigé par Jules Michel Alexandre Hardouin après 1720. L'hôtel devint rapidement un symbole de prestige, attirant moqueries et admiration, notamment après la visite du Régent Philippe d'Orléans, qui y remettrait en personne un brevet au comte.
En 1753, la marquise de Pompadour, favorite de Louis XV, acquiert l'hôtel pour 730 000 livres et y entreprend d'importantes transformations. Elle y ajoute des boiseries dorées, un potager controversé bloquant le Grand Cours (futurs Champs-Élysées), et une grotte dorée pour sa fille. Les jardins, redessinés, accueillent même un troupeau de moutons aux cornes dorées, reflétant la mode pastorale de l'époque. À sa mort en 1764, l'hôtel devient la propriété de la Couronne et sert brièvement de lieu d'exposition pour les Ports de France de Joseph Vernet, avant d'être vendu en 1773 au banquier Nicolas Beaujon. Ce dernier, sous la direction d'Étienne-Louis Boullée, modernise l'hôtel, agrandit l'aile ouest, et transforme les jardins à l'anglaise, ajoutant un lac et une ménagerie.
La Révolution française marque un tournant pour l'Élysée. Bathilde d'Orléans, duchesse de Bourbon et surnommée « citoyenne Vérité », y réside avant d'être emprisonnée pendant la Terreur. Le palais, rebaptisé Élysée National en 1797, est transformé en café-concert par le couple Hovyn, accueillant bals masqués, expositions et même une ascension en montgolfière. En 1805, Joachim Murat, beau-frère de Napoléon Ier, en fait sa résidence et y ajoute un escalier monumental, le salon d'argent, et une galerie des tableaux. Napoléon Ier lui-même y séjourne brièvement en 1815, signant son abdication dans ce même salon d'argent, avant que le palais ne passe aux mains des Bourbons restaurés.
Sous la IIe République, une loi de 1848 désigne officiellement l'Élysée comme résidence du président. Louis-Napoléon Bonaparte, premier titulaire de cette fonction, y organise son coup d'État de 1851 dans le salon d'argent, avant de devenir empereur sous le nom de Napoléon III. Ce dernier entreprend une rénovation majeure (1853-1867) sous la direction de Joseph-Eugène Lacroix, ajoutant un étage, une chapelle néo-byzantine, et une façade monumentale sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le palais devient alors le lieu de réceptions fastueuses pour les souverains européens, comme la reine Victoria en 1855. Pendant la Commune de Paris (1871), il est sauvé de l'incendie grâce à l'intervention discrète de son régisseur.
La IIIe République confirme le palais comme résidence présidentielle en 1879. Chaque président y apporte des modifications : Sadi Carnot construit la salle des fêtes (1889), Vincent Auriol modernise les intérieurs (1947), et Charles de Gaulle réorganise les espaces en 1959, séparant les fonctions officielles (bâtiment central) des appartements privés (aile Est). Les combles, aménagés sous Bernadette Chirac, deviennent les appartements privés des présidents à partir de 2007. Le palais, ouvert au public lors des Journées du Patrimoine depuis 1990, incarne aujourd'hui à la fois le pouvoir exécutif et un patrimoine historique complexe, où se mêlent décors impériaux, républicains et contemporains.
Les jardins, redessinés à plusieurs reprises, passent d'un style français strict sous le comte d'Évreux à un parc à l'anglaise sous Beaujon, puis à un espace paysager fantasque sous Bathilde d'Orléans, avec cascades et fabriques. Au XXe siècle, ils sont simplifiés, perdant leurs éléments baroques pour une pelouse centrale bordée d'allées. Depuis 1992, le paysagiste Jacques Wirtz y ajoute des fontaines et une roseraie, tandis que Louis Benech introduit des plates-bandes colorées en 1996. Symbole de pouvoir et de continuité, l'Élysée reste un lieu à la fois intimement lié à l'histoire de France et en constante évolution, comme en témoigne l'ouverture en 2024 de La Maison Élysée, un musée dédié à son architecture et à ses occupants.