Origine et histoire du Musée Toulouse-Lautrec
Le palais de la Berbie, édifié au XIIIe siècle comme forteresse des évêques d’Albi, domine la ville avec ses murs de briques rouges, typiques de l’architecture albigeoise. Transformé en résidence épiscopale jusqu’en 1905, il devient propriété du département après la loi de séparation des Églises et de l’État. Ce changement de statut permet son réaménagement en musée, marquant une transition d’un lieu de pouvoir religieux à un espace culturel majeur.
La création du musée Toulouse-Lautrec est initiée par la donation exceptionnelle d’Adèle de Toulouse-Lautrec, mère de l’artiste, en 1901. Après le refus des musées parisiens, elle propose à la ville d’Albi les œuvres de son fils, né dans la région. Le projet, retardé par la Première Guerre mondiale, aboutit à l’ouverture des premières salles en 1922, en présence de Maurice Joyant, ami de Lautrec, et du docteur Tapié de Céleyran, cousin et conseiller de la famille. Le musée s’enrichit ainsi de plus de mille pièces : tableaux, affiches, lithographies et dessins, couvrant toute la carrière de l’artiste, de ses premières compositions équestres à ses scènes emblématiques de Montmartre.
Le palais abrite également des collections variées, incluant des œuvres d’art ancien et moderne. Parmi les trésors exposés figurent deux tableaux de Georges de La Tour, des peintures italiennes et françaises des XVIIe–XIXe siècles (comme celles de Francesco Guardi ou Jean-Baptiste Corot), ainsi qu’une section dédiée aux contemporains de Lautrec, tels Degas, Bonnard ou Rodin. Ces ensembles reflètent à la fois l’héritage artistique local et les courants majeurs de l’art européen, de la Renaissance à l’entre-deux-guerres.
Un partenariat récent, signé en 2024 avec le musée Goya de Castres, illustre la dynamique culturelle du musée. Celui-ci prête des œuvres pour des expositions temporaires, renforçant les liens entre les institutions régionales. Après une vaste restructuration entre 2001 et 2012, le musée rouvre en 2012 avec une muséographie modernisée, attirant près de 175 000 visiteurs annuels. Son succès en fait l’un des sites les plus fréquentés d’Occitanie, alliant patrimoine architectural et rayonnement artistique.
Le palais de la Berbie, classé parmi les ensembles épiscopaux les mieux conservés de France, symbolise à la fois la puissance ecclésiastique médiévale et la vitalité culturelle albigeoise. Son intégration dans le centre historique, aux côtés de la cathédrale Sainte-Cécile, en fait un lieu incontournable pour comprendre l’évolution urbaine et artistique d’Albi, des origines médiévales à la modernité.