Origine et histoire du Palais de la Bourse
Le palais de la Bourse, situé place du Commerce à Nantes, a été édifié à la fin du XVIIIe siècle et achevé au XIXe siècle pour accueillir la bourse de commerce ; il est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis le 24 janvier 1947. À l'origine, le site était bordé au sud par un bras de la Loire, appelé après sa construction « bras de la Bourse », et l'actuelle place du Commerce, ancien « Port-au-Vin », a progressivement supplanté la place du Bouffay comme lieu d'activité portuaire et commerciale. Des chantiers navals occupaient la place jusqu'en 1583, puis le site fut agrandi et partagé par la chapelle Saint-Julien. Le premier édifice dédié à la bourse, construit à partir de 1641 par Hélie Brosset, était un bâtiment sobre de trois étages, implanté parallèlement à la Loire et portant les armoiries de l'évêque de Nantes ; peu apprécié des commerçants, il nécessita une ordonnance de police pour en imposer l'usage et la chapelle Saint-Julien y fut reconstruite en 1668. Insuffisante et dégradée, cette Bourse fut remplacée au XVIIIe siècle par un second palais conçu par l'ingénieur David Delafond et réalisé par l'architecte Jean Laillaud ; installé en partie sur pilotis en bord de Loire, il intégra la chapelle et accueillit des réunions importantes, dont les États de Bretagne. Un pont, dit ensuite pont Feydeau, fut construit pour relier le quai à l'île Feydeau, mais la nature vaseuse du sol provoqua des fissures et des problèmes de stabilité qui conduisirent à la destruction du bâtiment en 1769. Après une période provisoire dans une loge en bois et plusieurs projets, Mathurin Crucy entreprit la construction du palais qui subsiste aujourd'hui ; les travaux commencèrent en 1790 mais furent interrompus par la Révolution, laissant le gros œuvre inachevé et obligeant les commerçants à se relayer dans divers lieux temporaires jusqu'à la reprise des travaux au début du XIXe siècle. Des statues réalisées par Charles-Guillaume Robinot-Bertrand et Jean Baptiste Joseph De Bay père furent installées en 1812 et la chambre de commerce occupe l'édifice à partir de 1815. L'arrivée du chemin de fer modifia le quartier et une petite gare dite de la Bourse fut implantée à proximité ; le palais connut dès ses débuts des problèmes structurels récurrents qui entraînèrent des réparations au milieu du XIXe siècle, l'installation d'un télégraphe et d'une grande horloge, puis une importante rénovation et un agrandissement vers l'ouest à la fin du siècle. Pour consolider les quais et prévenir les effondrements, la municipalité fit combler, dans les années 1920, une portion de l'Erdre et deux bras de la Loire dont le bras de la Bourse, opération qui modifia durablement les abords du palais et permit le redéploiement ultérieur de la voie ferrée et l'aménagement du Cours Franklin-Roosevelt. Le palais fut touché par les bombardements des 16 et 23 septembre 1943 : la façade est et la partie ouest furent atteintes, le mobilier et des archives furent évacués et la plupart des statues furent brisées puis entreposées ; les originaux de certaines œuvres étaient conservés au Musée du Château des ducs de Bretagne. Restauré après la guerre sous la direction de l'architecte des monuments historiques Jean Merlet, le bâtiment perdit toutefois quelques éléments d'avant-guerre et fut ensuite progressivement réoccupé : des services s'y installèrent dès 1952 et l'inauguration de la restauration eut lieu en 1957, la grande salle recevant notamment une statue de la Loire par André Bizette-Lindet. Jusqu'à la fin du XXe siècle le palais abrita diverses institutions et écoles, puis fit l'objet d'une refonte intérieure dans les années 1970 qui créa un vaste patio ; après le transfert des activités consulaires vers le centre des Salorges, il accueillit la maison du Commerce et l'office de tourisme avant que la ville n'autorise l'installation d'un magasin Fnac, dont l'aménagement intérieur complet fut inauguré en 1996. Un programme de restauration annoncé en 2018 a notamment conduit au remplacement par de nouvelles copies des statues détruites durant la Seconde Guerre mondiale ; en avril 2019 dix statues représentant la Ville de Nantes, la Loire, les quatre continents, l'Astronomie, les Beaux-Arts, la Prudence et l'Abondance ont été replacées sur la façade côté place de la Bourse. Architectoniquement, le palais présente un plan rectangulaire ; il s'élevait autrefois sur deux niveaux mais, après les rénovations, l'intérieur est organisé sur trois étages en mezzanine ouverts sur un large puits de lumière qui permet l'installation d'escaliers roulants. La façade principale sur la place du Commerce comporte sept fenêtres à l'étage et un portique doriques à quatre colonnes protégeant les trois portes, le portique formant balcon et les colonnes étant couronnées par les statues de Jean Bart, René Duguay-Trouin, Abraham Duquesne et Jacques Cassard. La façade ouest, plus décorée, compte quatorze fenêtres réparties en sept travées séparées par huit colonnes doriques ; deux fenêtres du rez-de-chaussée étaient autrefois des portes vitrées surmontées de frontons en bas-relief et les colonnes supportaient avant la guerre une série de statues symboliques, avec une horloge centrale enchâssée dans un cadre de pierre sculptée. Les façades latérales, bordées par la rue Thurot et l'allée de la Bourse, comportent chacune vingt-quatre fenêtres et une alternance de frontons en bas-relief au rez-de-chaussée ; la partie ajoutée à l'ouest entre 1889 et 1891 se distingue par une largeur légèrement inférieure à celle de la construction primitive.