Origine et histoire du Palais
Le palais de la Porte Dorée fut érigé en 18 mois par l’architecte Albert Laprade pour l’Exposition coloniale internationale de 1931, à Paris. Ce joyau de l’Art déco, mêlant classicisme français et influences arabo-musulmanes (éclairage zénithal, ventilation naturelle), devait célébrer la grandeur de l’Empire colonial. Sa façade monumentale, ornée d’un bas-relief d’Alfred Janniot (1 128 m2), illustre les richesses des colonies, tandis que la salle des fêtes, aujourd’hui Forum, abrite une fresque propagandiste de Pierre-Henri Ducos de La Haille exaltant les « bienfaits » de la colonisation.
Initialement nommé Musée des Colonies (1931–1935), le palais changea plusieurs fois de vocation : Musée de la France d’outre-mer (1935), Musée des arts africains et océaniens (1960), puis Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie (1990–2003). En 2007, il devint la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, renommée musée national de l’Histoire de l’immigration en 2012. Ce dernier, unique en France, explore deux siècles de migrations et leurs apports culturels, tout en abordant des enjeux contemporains comme les identités ou les nationalismes.
L’aquarium tropical, présent depuis 1931, était conçu pour montrer la faune des colonies. Aujourd’hui, il met en valeur la biodiversité aquatique mondiale (poissons, coraux, raies) et sensibilise à la préservation des écosystèmes. Classé partiellement aux monuments historiques en 1987 (façade et bas-relief), le palais est géré depuis 2012 par l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée (EPPPD), qui supervise aussi le musée et l’aquarium.
L’architecture du palais synthétise plusieurs styles : la colonnade évoque le Louvre, tandis que les salons Afrique (meubles de Jacques-Émile Ruhlmann, fresques de Louis Bouquet) et Asie (décors d’André Lemaître) célèbrent l’apport artistique des colonies. Ces espaces, anciens bureaux du ministre Paul Reynaud et du maréchal Lyautey, reflètent l’exotisme et l’égyptomanie des années 1930. Le bâtiment, conçu comme un outil de propagande coloniale, masquait les réalités de l’exploitation pour promouvoir une vision idéalisée.
Depuis 2007, le musée organise des expositions temporaires (Ciao Italia!, Persona grata) et publie la revue Hommes & Migrations, référence sur les phénomènes migratoires. L’aquarium, quant à lui, propose des expositions comme Baleinopolis pour éduquer sur les milieux marins. Le palais, symbole ambigu de l’histoire coloniale, est aujourd’hui un lieu de mémoire et de débat sur les héritages de l’immigration en France.