Origine et histoire du Palais des évêques
Le palais des Évêques de Bourg-Saint-Andéol trouve ses origines sur le rocher Saint-Michel, site d’un ancien castrum dépendant des sires de Montdragon. Dès le milieu du XIIIe siècle, il devient la résidence privée des évêques de Viviers, seigneurs de Bourg-Saint-Andéol, après l’achat d’une partie de la seigneurie par Guillaume II en 1220. Ce château médiéval, transformé en palais, incarne leur pouvoir temporel et spirituel sur la région du Vivarais.
À la fin du XVe siècle, l’évêque Jean de Montchenu agrandit considérablement le château, lui donnant sa dimension palatiale. Vers 1500, Claude de Tournon, évêque de Viviers, poursuit les embellissements initiés par ses prédécesseurs, dont la famille des Poitiers-Valentinois. La façade gothique surplombant le Rhône, toujours visible, témoigne de cette période de transition entre Moyen Âge et Renaissance.
Le palais connaît son apogée architecturale sous l’épiscopat de Louis-François de la Baume de Suze (1621–1690), qui commande en 1637 la décoration des plafonds de ses appartements. La chambre « Mazarin », où le cardinal séjourne en août 1642, et la salle du Chapitre, lieu de réunion des États du Vivarais, illustrent son rayonnement politique. Le palais abrite aussi un petit séminaire de 1729 à 1792, réputé pour ses enseignements en philosophie.
La Révolution française marque un tournant : de 1792 à 1826, le palais est converti en hôtel de ville, gendarmerie et caserne, subissant des dégradations. Rachété en 1858 par la congrégation de la Présentation de Marie, il devient une école privée pendant 140 ans, jusqu’en 1998. Classé monument historique en 1946, il est aujourd’hui un ensemble de 4 000 m2 ouvert au public, mêlant cour d’honneur, plafonds peints du XVIIe siècle, cuisine médiévale et chapelle néo-gothique abritant le musée René Margotton.
Son architecture reflète près de 8 siècles d’histoire, depuis le castrum médiéval jusqu’aux transformations Renaissance et classiques. La terrasse de 400 m2 dominant le Rhône, comparable à celle du Petit Palais d’Avignon, et les salles aux cheminées monumentales rappellent son double rôle de forteresse et de lieu de pouvoir épiscopal. Le palais incarne ainsi l’évolution politique et religieuse du Vivarais, entre féodalité, Ancien Régime et héritage éducatif.
La congrégation de la Présentation de Marie céda le palais en 2000, qui devint une propriété privée. Son classement parmi les monuments les plus remarquables d’Auvergne-Rhône-Alpes souligne son importance patrimoniale, tant pour son architecture hybride (gothique, Renaissance, néo-gothique) que pour son histoire liée aux évêques de Viviers et à la vie locale.