Origine et histoire du Palais des Rois de Majorque
Le palais des rois de Majorque, construit à Perpignan à la fin du XIIIe siècle, fut commandé par Jacques II de Majorque pour servir de résidence royale au royaume nouvellement créé. Ce royaume, né du partage de l’héritage de Jacques Ier d’Aragon en 1262, comprenait les Baléares, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Le choix de Perpignan comme capitale reflétait sa position stratégique entre la Méditerranée et les royaumes chrétiens du nord, ainsi que son dynamisme économique, marqué par les échanges textiles, le travail du cuir et une intense activité portuaire à Collioure.
L’architecture du palais, inspirée des châteaux de Frédéric II de Hohenstaufen, alliait austérité défensive et somptuosité intérieure. Organisé autour de trois cours avec galeries, loggias et salles d’apparat (comme la Salle des Timbres ou la Salle de Majorque), il intégrait des chapelles gothiques ornées d’éléments mudéjars, tels des frises en écriture coufique. Ce mélange de styles illustrait la rencontre entre cultures chrétienne et islamique, caractéristique de la Méditerranée médiévale. La chapelle Sainte-Croix, avec son portail en marbre, évoquait la Sainte-Chapelle de Paris, soulignant l’ambition politique et culturelle de la dynastie.
Le royaume de Majorque, éphémère et marqué par des conflits dynastiques, s’éteignit au milieu du XIVe siècle. Jacques III, dernier souverain, fut vaincu par Pierre IV d’Aragon en 1344, mettant fin à l’indépendance du territoire. Le palais, transformé en arsenal puis en citadelle sous Philippe II d’Espagne, fut enveloppé par des fortifications en étoile au XVIe siècle. Après le rattachement du Roussillon à la France en 1659 (traité des Pyrénées), Vauban renforça ses défenses. Classé monument historique en 1913, il fut restauré au XXe siècle et est aujourd’hui géré par le département des Pyrénées-Orientales.
La citadelle, construite pour contrôler la frontière franco-espagnole, englobe toujours le palais médiéval. Au XIXe siècle, des érudits obtinrent son inscription à l’inventaire des monuments historiques (1875), évitant sa démolition. Les restaurations, initiées pendant la Seconde Guerre mondiale, révélèrent des décors peints et des structures architecturales uniques. Depuis 1958, le site est ouvert au public, offrant un témoignage exceptionnel de l’art gothique méditerranéen et de l’histoire mouvementée des royaumes ibériques.
L’influence du palais dépasse son rôle politique : il symbolise l’âge d’or de Perpignan, alors carrefour commercial et intellectuel. L’université de Montpellier, les écoles de langues orientales, et la présence de savants juifs et chrétiens en firent un foyer culturel rayonnant. Les échanges maritimes, depuis Collioure jusqu’au Maghreb, enrichirent la région, tandis que l’industrie textile et la construction navale prospéraient. La chute du royaume marqua le déclin de cette dynamisme, mais le palais reste un emblème de cette période faste, où se croisèrent arts, sciences et pouvoir.