Origine et histoire du Palais du cardinal de Deaux
La Livrée de la Thurroye, aussi appelée palais du cardinal de Deaux, est un édifice médiéval situé à Villeneuve-lès-Avignon, dans le département du Gard. Ce bâtiment, entouré d’un enclos fortifié, fut construit entre 1338 et 1348 sous l’impulsion du cardinal Bertrand de Deaux. Il adopte un plan quadrilatère orthogonal, une rareté pour l’architecture gothique régionale, et s’organise autour d’une cour centrale accessible par des galeries en bois. À l’origine, le palais était isolé, entouré d’un jardin, et s’ouvrait par des portes et fenêtres aujourd’hui en partie murées.
Entre 1356 et 1361, le cardinal Guy de Boulogne, nouveau propriétaire, ajoute une grande salle de réception (ou tinel), dite salle de Turin, contre l’aile sud. Longue de 30 mètres, cette salle lambrissée remplace l’escalier d’origine et introduit une loge d’accueil ouverte sur la cour par trois arcs en tiers-point. Après la mort de Guy de Boulogne en 1373, le palais passe aux comtes d’Auvergne, puis est loué au XVe siècle au cardinal Pierre de Thury. Dès cette époque, le bâtiment commence à être morcelé entre divers propriétaires.
Au XVIe siècle, la livrée est divisée en une douzaine de propriétés occupées par des paysans, artisans, ou officiers de justice. La famille de Roux, détentrice de la charge de viguier, possède dès le XVe siècle une partie nord du palais, appelée plus tard hôtel de Roux. Au XVIIe siècle, la famille Calvet acquiert et transforme la partie sud : en 1657, Antoine Calvet, jurisconsulte, rachète les ruines de la salle de Turin et confie aux architectes Royers de la Valfenière la construction d’un hôtel, souvent confondu à tort avec l’Hôtel du Prince de Conti.
Les Pénitents gris s’installent sommairement dans l’aile ouest au début du XVIIe siècle, et leur chapelle est édifiée en 1758 par Jean-Baptiste Franque. Malgré des classements partiels aux monuments historiques (1989 pour l’hôtel et le sol du jardin, 2003 pour l’ancien palais, et 2025 pour l’aile nord), une partie des bâtiments, mal entretenus, tombe en ruines. Aujourd’hui, le site mêle vestiges médiévaux, transformations Renaissance, et éléments religieux, illustrant près de sept siècles d’histoire architecturale et sociale.
Les fouilles et études récentes, notamment celles d’Hervé Aliquot ou de Bernard Sournia, ont permis de restituer partiellement le plan originel du palais. Celui-ci se distinguait par sa régularité géométrique et son isolement, caractéristique des livrées cardinalices avignonnaises. Les vestiges conservés, comme les arcs en tiers-point ou les traces des galeries en bois, offrent un témoignage rare de l’urbanisme et du mode de vie des prélats au XIVe siècle, durant la période du Grand Schisme d’Occident.