Frise chronologique
vers 1340
Construction initiale
Construction initiale
vers 1340 (≈ 1340)
Palais bâti pour Bertrand du Pouget.
1352
Mort de Bertrand du Pouget
Mort de Bertrand du Pouget
1352 (≈ 1352)
Andouin Aubert hérite du palais.
1363
Donation à la chartreuse
Donation à la chartreuse
1363 (≈ 1363)
Légué par Andouin Aubert aux moines.
vers 1380
Rénovation par Rossi de Giffone
Rénovation par Rossi de Giffone
vers 1380 (≈ 1380)
Modifications pendant le Grand Schisme.
1592
Aile est devient hôtel de ville
Aile est devient hôtel de ville
1592 (≈ 1592)
Acquise par les consuls de Villeneuve.
4 décembre 1925
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
4 décembre 1925 (≈ 1925)
Inscription de l’aile gauche et de la tour.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Aile gauche et tour : inscription par arrêté du 4 décembre 1925
Personnages clés
| Bertrand du Pouget - Cardinal et premier propriétaire |
Commanditaire du palais vers 1340. |
| Andouin Aubert - Cardinal et neveu d’Innocent VI |
Occupant puis donateur à la chartreuse. |
| Leonardo Rossi de Giffone - Cardinal franciscain sicilien |
Rénovateur du palais vers 1380. |
| Innocent VI - Pape (1352–1362) |
Oncle d’Andouin Aubert, lié à la chartreuse. |
Origine et histoire
Le palais du cardinal de Giffon, situé à Villeneuve-lès-Avignon dans le Gard, fut initialement construit vers 1340 pour le cardinal Bertrand du Pouget, dont les armoiries ornent encore l’ancienne entrée. Ce dernier s’y retira après son échec en Italie à rétablir l’autorité papale. Le bâtiment, de style médiéval, se distingue par une haute tour encadrée de deux ailes, disposition unique dans la région. À l’origine, il abritait au premier étage un Grand tinel (salle de réception) éclairé par trois fenêtres remaniées ultérieurement, ainsi qu’une chapelle occupant deux niveaux de la tour, identifiable par une fenêtre trilobée en tiers-point.
Le palais changea de mains au fil des décennies : occupé après 1352 par Andouin Aubert, neveu du pape Innocent VI, il fut ensuite repris vers 1380 par le cardinal Leonardo Rossi de Giffone, général franciscain, pendant le Grand Schisme. Ce dernier y apporta des modifications, comme l’atteste la tour conservée aujourd’hui. Le bâtiment, partiellement inachevé, devait initialement former un quadrilatère. Son entrée, surmontée des armes de Pouget, menait à des espaces vastes, dont une salle de 26 mètres communiquant avec la chapelle. Les cuisines et la boulangerie, identifiables par des cheminées rondes, se trouvaient dans l’aile est, aujourd’hui remaniée.
Classé Monument Historique en 1925, le palais ne conserve que la tour et les ailes adjacentes. La salle des Fêtes, au premier étage de l’aile gauche, s’étendait jusqu’à la tour, tandis que le sommet de cette dernière abritait un corps de garde accessible par un escalier du XVIIe siècle. Des indices architecturaux, comme les traces d’une galerie en bois disparue, suggèrent une organisation spatiale complexe. Après la mort de Pouget en 1352, le palais fut légué à la chartreuse de Villeneuve par Andouin Aubert, puis loué à Rossi de Giffone. Au fil des siècles, des parties furent aliénées : l’aile est devint même l’hôtel de ville en 1592 avant de redevenir une habitation en 1770.
La tour, coiffée d’un comble en pavillon couvert de lauzes, présente une charpente à trois fermes parallèles. En sous-sol, une cave creusée dans le roc était reliée aux étages par un puits vertical, probablement utilisé comme monte-charge. Les façades, remaniées, ne laissent plus deviner que quelques éléments gothiques, comme des fenêtres à meneaux ou à remplage trilobé. Le palais est peut-être représenté dans le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton (1453), tableau commandé pour la chartreuse où reposent Innocent VI et ses neveux.
Aujourd’hui, le palais se limite à un corps de bâtiment en rive de rue et une aile en retour, mais son histoire reflète les luttes d’influence de l’Église au XIVe siècle. Les cardinaux résidant à Villeneuve-lès-Avignon, proche d’Avignon (siège papal), y bâtirent des livrées symbolisant leur pouvoir. Ce monument, bien que partiellement altéré, témoigne de l’architecture civile médiévale et des réseaux politiques de la cour pontificale, entre France et Italie.
Les sources historiques, comme les travaux de Françoise Robin ou Jean-Marie Pérouse de Montclos, soulignent son rôle dans le patrimoine gothique du Languedoc. Le palais, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, reste un vestige clé de cette période, malgré les transformations subies au fil des siècles.