Origine et histoire du Palais du Grabatoire
Le Palais du Grabatoire, situé dans le quartier historique de la Cité Plantagenêt au Mans, est un ancien palais canonial construit dans la première moitié du XVIe siècle pour Jean de Couthardy, membre du Chapitre Saint-Julien. Sa construction, étalée sur plus de vingt ans, fut achevée en 1543 grâce à une transaction entre Anselme Taron, héritier du chanoine Jacques de Courthardy, et le Chapitre, qui finit par en couvrir la majorité des frais. Le bâtiment, de grande taille, fut initialement conçu avec des lucarnes qui ne furent ajoutées qu’en 1906, lors de restaurations controversées.
Dès son achèvement, le Grabatoire fut loué à des chanoines comme M. de Quincé, puis servit de salle capitulaire après le sac de la cathédrale par les protestants en 1562. En 1567, ses greniers stockèrent du grain pour le ravitaillement de la ville, et en 1572, l’archidiacre Anselme Taron y résida brièvement. Le bâtiment devint ensuite une résidence pour les gouverneurs de la province du Maine, accueillant même Louis XIII et Marie de Médicis en 1612. Son occupation par des personnalités politiques et religieuses se poursuivit jusqu’à la Révolution, période durant laquelle il fut divisé et vendu comme bien national.
En 1791, le notaire Guy-Jean-François Martigné acquit les deux parties du Grabatoire, qu’il revendit ensuite au chanoine Fay, lequel en fit don à un parent en 1795. Au XIXe siècle, l’abbé Bruneau y fit ajouter des lucarnes et des clochetons, tandis que des restaurations en 1906-1907 altérèrent son aspect originel avec des enduits « rustiques ». Une restauration en 2014, dirigée par l’architecte du patrimoine Laurent Cohin, rétabli partiellement son apparence d’origine, notamment ses enduits du XVIe siècle.
Architecturalement, le Grabatoire se compose d’un pavillon à deux étages prolongé par une aile, avec des tourelles polygonales abritant des escaliers. Ses façades, percées de fenêtres superposées, furent modifiées au XVIIIe siècle pour favoriser la lumière, avant d’être restaurées au XXe siècle. Malgré son importance, ce monument reste l’un des plus méconnus du Mans, en raison du peu de sources historiques le documentant.
Aujourd’hui, le Grabatoire sert de demeure épiscopale et est inscrit aux monuments historiques depuis 1927. Son histoire reflète les bouleversements religieux, politiques et architecturaux de la région, depuis la Renaissance jusqu’à l’époque contemporaine.