Origine et histoire du Palais du Parlement de Bretagne
Le palais du Parlement de Bretagne, construit au XVIIe siècle à Rennes, est un chef-d’œuvre d’architecture classique conçu initialement pour abriter le Parlement de Bretagne. Son emplacement, choisi en 1611 sur l’ancien cimetière de l’hôpital Saint-Jacques, fut validé après des débats entre la ville et les parlementaires, ces derniers préférant une localisation intra-muros. Les plans initiaux, dessinés par Germain Gaultier et Thomas Poussin en 1615, furent rejetés en 1618 au profit de ceux de Salomon de Brosse, architecte royal ayant travaillé sur le Palais du Luxembourg. La première pierre fut posée le 15 septembre 1618, mais les travaux, ralentis par des problèmes financiers, une épidémie de peste (1627) et la Fronde parlementaire (1648-1649), ne s’achèveront qu’en 1655.
L’édifice devint le siège permanent du Parlement de Bretagne après son installation définitive à Rennes en 1561, mettant fin à des décennies de nominations itinérantes entre Vannes, Nantes et Rennes. Le financement fut assuré par des impôts locaux, dont une taxe sur les pots de cidre, autorisée par Henri IV en 1578. Le palais, épargné par le grand incendie de Rennes en 1720 grâce à des coupe-feux, fut modifié par Jacques V Gabriel, qui supprima le grand escalier extérieur pour « incliner » le bâtiment devant une statue équestre de Louis XIV, aujourd’hui disparue. La place royale adjacente, redessinée après l’incendie, devint un symbole urbain majeur, encadrant le palais entre la rue Hoche et la rue Salomon-de-Brosse.
Au XVIIIe siècle, le palais était perçu de manière contrastée : certains, comme De La Roque (1775), critiquaient son aspect « froid » et son escalier mal placé, tandis que d’autres, comme Louis Morérie (1754), le jugeaient « l’édifice le plus régulier d’Europe ». Après la Révolution française et la dissolution du Parlement en 1790, le bâtiment devint la cour d’appel de Rennes en 1804. Son intérieur, richement décoré par des artistes comme Charles Errard, Noël Coypel et Jean-Baptiste Jouvenet, reflétait l’union symbolique de la Bretagne et de la France, avec des plafonds allégoriques et des emblèmes royaux et bretons entrelacés.
L’incendie du 5 février 1994, déclenché par une fusée éclairante lors d’une manifestation de marins-pêcheurs, détruisit partiellement la toiture et le premier étage, mobilisant les pompiers de Rennes, Nantes et Angers. La reconstruction à l’identique, achevée en 1997 pour un coût de 35 à 54,88 millions d’euros, permit de sauver la plupart des œuvres d’art, bien que des tapisseries historiques aient été perdues dans un second incendie en 1997. Aujourd’hui, le palais abrite toujours la cour d’appel, tandis que les autres juridictions ont été relogées dans la cité judiciaire contemporaine inaugurée en 1983.
Architecturalement, le palais se distingue par sa façade classique en granit et calcaire, ornée de bas-reliefs, de colonnes doriques et d’un fronton portant les armes de France. La charpente, surnommée « la forêt » avant 1994, fut remplacée par une structure métallique après l’incendie. La cour intérieure, entourée de galeries à arcades, abrite un escalier monumental conçu par Jacques Gabriel en 1726. Les salles intérieures, comme la Grand’Chambre ou la salle des Enquêtes, conservent des plafonds peints du XVIIe siècle, des boiseries dorées et des cheminées en marbre, témoignages du faste judiciaire d’Ancien Régime.
Classé Monument Historique dès 1883, le palais est aujourd’hui un lieu touristique majeur (30 000 visiteurs en 2003) et un symbole identitaire breton, intégré au logo de l’office de tourisme de Rennes. Son histoire, marquée par des conflits politiques, des restaurations et des adaptations fonctionnelles, illustre les tensions entre pouvoir royal et autonomie régionale, ainsi que la résilience d’un patrimoine architectural exceptionnel.