Origine et histoire du Palais épiscopal
L'ancien évêché d'Amiens, situé dans le parc de l'Évêché près de la cathédrale Notre‑Dame, est l'ancienne résidence des évêques de la ville. Bâti au XIIIe siècle au fond d'un parc, il jouxte la face nord de la cathédrale et fut occupé par l'évêque et ses services jusqu'en 1906. En 1508, les célèbres stalles du chœur, chef‑d'œuvre de sculpture sur bois comportant 4 700 figurines, furent sculptées dans un atelier de l'évêché par six maîtres huchiers, ajustées sur place et assemblées par tenons et mortaises entre 1508 et 1519; deux stalles maîtresses de 13,50 m, destinées respectivement à l'évêque et au roi, furent financées par le doyen Adrien de Hénencourt. L'évêque de l'époque, François de Halluin, fit refaire la flèche de la cathédrale entre 1528 et 1530 et fut ensuite tué par un sanglier, selon les sources mentionnées. Le palais, édifié en même temps que la cathédrale, connut une première destruction à la fin du XVIIe siècle puis fut presque entièrement reconstruit par François Lefebvre de Caumartin au cours du XVIIe siècle. Le roi Louis XIII y logea en 1638 et Louis XIV y séjourna en 1667. Un incendie menaça gravement le palais le 19 décembre 1762 et le logis de l'évêque Louis‑François‑Gabriel d'Orléans de la Motte fut complètement brûlé; à droite du péristyle se trouvait alors une chapelle qui fut détruite en 1802 sous l'épiscopat de Jean de Villaret. Conformément à la loi de nationalisation des biens de l'Église, la cathédrale et le palais passèrent à l'État après 1789; l'évêché fut successivement occupé par des évêques nommés en vertu de la constitution civile du clergé jusqu'au Concordat de 1801. Le palais reçut encore Bonaparte, alors Premier Consul, en 1803, puis Napoléon III pour l'inauguration de la chapelle Sainte‑Théudosie en 1854. La fonction épiscopale cessa le 17 janvier 1906 à la suite de la loi de séparation des Églises et de l'État: Jean‑Marie Dizien dut quitter la demeure, l'évêché étant transféré rue de Constantine, aujourd'hui rue Jean‑XXIII. Longtemps laissé à l'abandon, le bâtiment hébergea divers services municipaux; il aurait été proposé par le général de Gaulle en 1945 pour réaffectation au diocèse, proposition que Lucien Martin aurait refusée. Après 1946, l'ancien évêché accueillit l'École de médecine, l'École de droit et un bureau de bienfaisance. Par arrêté du 16 décembre 1965, les façades et toitures de l'ensemble des bâtiments ainsi que le jardin furent inscrits au titre des monuments historiques. En 1966, l'École supérieure de commerce d'Amiens s'y installa; aujourd'hui les locaux abritent le Groupe Sup de Co Amiens Picardie. Le bâtiment, en brique et pierre, a la forme d'un L dont l'extrémité orientale est occupée par l'entrée d'honneur. Le péristyle, reconstruit par François Faure et portant la date 1684 sur son fronton, assure la desserte des bâtiments et bénéficie depuis peu d'une illumination. Le corps de logis qui borde à l'est le bas parvis fut élevé au XVIIIe siècle par Louis‑Charles de Machault d'Arnouville, dernier évêque avant la Révolution.