Origine et histoire du Palais épiscopal
Le palais épiscopal d'Auxerre, classé monument historique depuis 1846, abrite le siège de l'administration départementale depuis 1791. Il se situe à l'est de l'ancienne ville, à l'intérieur de la première ceinture de remparts qui a entouré le bourg du IIIe au Xe siècle ; la porte Saint‑Germain, sur la rue du 4‑Septembre, se trouve à une trentaine de mètres du bâtiment le plus proche de l'évêché. Le terme « palais épiscopal » n'apparaît qu'au XVe siècle, introduit par Pierre de Longueil ; auparavant il s'agissait simplement de la maison de l'évêque.
La présence d'une demeure épiscopale est attestée dès le VIIIe siècle, dans le contexte des troubles et pillages qui affectèrent la région. Sous l'épiscopat d'Hérifrid, la maison fut brûlée lors du grand incendie de 887 qui détruisit aussi plusieurs églises du quartier cathédral ; Hérifrid fit prioritairement rebâtir ces églises et se contenta d'un logis plus modeste. Les évêques suivants relancèrent la reconstruction : Gaudry acheva la remise en état et y ajouta une salle capitulaire en bois et deux maisons de pierre flanquant le clocher de Saint‑Étienne.
Un nouvel incendie en 1023 détruisit la demeure alors en usage ; Hugues de Montaigu fit reconstruire une maison en pierre et plus vaste, et fit édifier la galerie romane qui court le long de l'ancien réfectoire et sertait de promenoir aux évêques. Cette galerie, construite sur d'anciens murs romains, permettait également de surveiller les vignes et la perception des péages sur les ponts. Au début du XIIIe siècle, sous Guillaume de Seignelay, la voûte de la grande salle s'effondra et l'évêque fit réparer la toiture et rehausser et agrandir un pignon en y ouvrant des fenêtres vitrées.
Guy de Mello, évêque au milieu du XIIIe siècle, fit construire au‑dessus des celliers une vaste salle synodale avec un pignon ogival à trois niveaux ; l'étage inférieur était voûté en pierre, les étages supérieurs formaient un vaste espace couvert d'un berceau en bois et éclairé par de grandes fenêtres ogivales et des lancettes. Il édifia en outre une double chapelle palatine dédiée à Saint‑Nicolas, surmontée d'une tourelle, reconstruisit la chambre épiscopale et fit border la demeure, côté Yonne, de remparts crénelés et de tourelles, aujourd'hui disparus.
À la fin du XVe siècle, Jean Baillet fit joindre la salle synodale à la cathédrale par une galerie ; François II de Dinteville, au XVIe siècle, fit édifier un corps de bâtiment de style Renaissance, qualifié de « goût très pur et sobre », parfois identifié au pavillon de l'Officialité ou à un logement se développant le long de la rue Cochois. Au XVIIe siècle Dominique Séguier fit transformer l'intérieur de la chapelle Saint‑Nicolas en chambres et aménagea des jardins en terrasses avec orangerie après avoir acquis des maisons du chapitre.
André Colbert, dernier évêque résident, enrichit le palais de tapisseries, mobilier et ornementations. Plusieurs évêques du XVIIIe siècle abandonnèrent néanmoins le palais pour le château de Régennes à Appoigny. À la Révolution les bâtiments se présentaient en mauvais état : la salle synodale et la salle des Pas‑Perdus étaient étayées, les fortifications réduites en ruines, et l'intérieur avait été remanié pour des usages administratifs ; la galerie romane et le bâtiment de l'Officialité furent cloisonnés pour bureaux et le logement du préfet installée à l'étage de l'ancienne chapelle Saint‑Nicolas.
Au XIXe siècle, on élargit le portail d'entrée en 1814 pour ouvrir sur la place de la préfecture, l'architecte Leblanc transforma en 1825 les appartements hérités de Séguier en un bâtiment de plan carré, et la galerie de Jean Baillet fut démolie en 1830 ; l'architecte Piel réutilisa toutefois la porte ornée des armoiries de Baillet dans une façade recomposée de style néo‑gothique. L'architecture la plus remarquable reste la galerie romane de 22 mètres, composée de 18 arcades en plein cintre reposant sur une alternance de colonnes simples et géminées aux décors sculptés, plus riches sur leurs faces intérieures. Sa beauté a assuré sa conservation au fil des siècles ; au XIXe siècle, la voûte en bois qui la protégeait fut remplacée par une terrasse et les dernières traces de peintures murales disparurent lors de ces restaurations.
L'ancien évêché d'Auxerre est aujourd'hui le siège de la préfecture de l'Yonne et conserve, malgré les transformations successives, des éléments architecturaux majeurs témoignant de son évolution du haut Moyen Âge au XIXe siècle.