Origine et histoire du Palais épiscopal
Le palais épiscopal de Laon, aussi appelé palais de justice, est installé dans l’ancien siège des évêques de la ville, fondé au début du VIe siècle. Bien que Laon ne fût pas une civitas gallo-romaine, des fouilles menées en 1979 près de la cathédrale ont révélé des structures carolingiennes datées de la fin du Ve ou début VIe siècle, confirmant son origine ancienne. Un premier palais, endommagé lors de la révolte fiscale de 1112, fut partiellement reconstruit par les évêques suivants, dont Hugues et Barthélemy de Jur, qui ajoutèrent une porte fortifiée et un chemin couvert reliant la cathédrale au palais.
Au XIIe siècle, l’évêque Gautier de Mortagne fit ériger une chapelle double (1150-1170) dédiée à saint Nicolas (niveau supérieur) et saint Jacques (niveau inférieur). La grande salle, perpendiculaire à l’aile est, fut construite vers 1240-1245 sous l’épiscopat de Garnier. Les modifications se poursuivirent aux XVe et XVIe siècles, avec l’extension de l’aile nord et l’ajout de fenêtres Renaissance. Entre 1681 et 1683, l’architecte Antoine Totin entreprit une reconstruction partielle des ailes est et sud, ainsi que la reprise de la charpente de la grande salle.
Le palais accueillit des personnalités royales, comme Henri IV (1594), Marie de Médicis (1603), Louis XIII (1622) et Louis XV (1744), malgré son état parfois délabré. Après la Révolution, il devint le siège du district de Laon (1792-1800), puis un palais de justice en 1811. La chapelle fut restaurée en 1880, et la grande salle en 1950. Classé monument historique en 1875, il conserve des éléments gothiques (arcades, chapiteaux) et des façades sculptées sur les remparts.
L’édifice mêle calcaire, brique et moellons, avec des toits d’ardoise ou de tuiles. La cour, autrefois fermée par une porte fortifiée (détruite en 1823), est aujourd’hui ornée d’une grille en fer forgé (1895). Les baies du pignon nord, bien que modifiées, conservent des colonnettes et chapiteaux du XIe-XIIe siècle, témoignages du palais médiéval. La chapelle double, voûtée et couverte de tuiles, illustre l’architecture religieuse du XIIe siècle.
Le palais incarne près de 15 siècles d’histoire, passant d’un lieu de pouvoir épiscopal à un symbole judiciaire. Son évolution reflète les bouleversements politiques et architecturaux de la France, de l’époque carolingienne à la Révolution, en conservant des traces tangibles de chaque période.