Origine et histoire
Le palais épiscopal de Mirepoix, situé dans le département de l'Ariège, a été construit au début du XVIe siècle par l'évêque Philippe de Lévis. Ce dernier, élu en 1493 mais confronté à des oppositions, entreprend la construction d’un nouveau palais après avoir acquis une maison ruinée appelée la « sacristannerie ». Les travaux, menés à partir de 1519-1520, incluent une extension en pierre de taille et un escalier Renaissance inspiré des modèles italiens, probablement réalisé par le sculpteur Jehan Rancy, dit Fuilhète, actif à Mirepoix dès 1528. Le palais, inachevé à la mort de l’évêque en 1537, comprend une chapelle privée à deux niveaux, un oratoire relié à la cathédrale, et des appartements épiscopaux.
À la Révolution, le palais est transformé en grenier public puis vendu comme bien national. Rachété par le duc de Lévis-Mirepoix, il subit des modifications malencontreuses, comme le démontage de cheminées pour le château de Léran. Au XIXe siècle, il abrite une école pour filles, puis un musée « Patrimoine et Traditions », fermé dans les années 2010. Depuis 2019, un bail emphytéotique lie le diocèse et la municipalité pour sa restauration, avec un projet de centre d’interprétation du patrimoine dans le cadre du label Pays d’art et d’histoire des Pyrénées Cathares. Classé monument historique en 1999, le palais illustre l’architecture civile et religieuse de la Renaissance en Occitanie.
L’édifice se compose d’un corps principal du XVIe siècle, prolongé par une aile du XVIIIe siècle. Sa façade nord, en pierre de taille, présente des arcades en anse de panier et des croisées, tandis que l’escalier Renaissance, orné de culs-de-lampe et de motifs italiens, relie le palais à la chapelle épiscopale située au-dessus du porche de la cathédrale. La chapelle, voûtée d’ogives avec des nervures rayonnantes, occupe deux niveaux et communique avec les appartements de l’évêque. Les travaux initiaux, documentés par un contrat avec le maître-maçon Georges Terrer en 1520, décrivent la construction d’une galerie, d’un cabinet, et des fondations de l’escalier. L’ensemble, bien que partiellement altéré, conserve des éléments architecturaux remarquables, comme les clefs de voûte et les modénatures des fenêtres.
Philippe de Lévis, commanditaire du palais, est une figure centrale de son histoire. Évêque de Mirepoix de 1497 à 1537, il supervise non seulement la construction du palais mais aussi la restauration de la cathédrale. Son projet, inachevé à sa mort, reflète son ambition de moderniser les infrastructures épiscopales. Les successeurs de Philippe de Lévis délaissent progressivement le palais au profit du château de Mazerettes. Au XVIIIe siècle, l’évêque Jean-François Boyer finance des réparations, dont un nouvel escalier en pierre. La vente du palais comme bien national en 1795 marque un tournant dans son usage, passant d’une fonction religieuse à des usages civils et culturels.
Les sources historiques, notamment les travaux de l’abbé Gabaldo et de Bruno Tollon, soulignent l’importance architecturale du palais. Les études révèlent deux campagnes de construction distinctes, avec des éléments gothiques et Renaissance coexistants. L’escalier, attribué à Jehan Rancy, est comparé à ceux des hôtels toulousains de Bernuy et d’Ulmo, datés des années 1529-1531. Les décors sculptés, comme les médaillons et les nus à l’antique, témoignent de l’influence italienne. Malgré les restaurations discutables du XIXe siècle, le palais reste un exemple significatif du patrimoine occitan, mêlant fonctions religieuse, résidentielle et symbolique.