Origine et histoire du Palais Rohan
Le palais Rohan, situé à Strasbourg dans le Bas-Rhin, fut édifié entre 1732 et 1742 par l’architecte Robert de Cotte pour le prince-évêque Armand-Gaston-Maximilien de Rohan, remplaçant l’ancien palais épiscopal. Conçu dans un style classique alors en vogue après l’annexion française de Strasbourg, il symbolisait le pouvoir épiscopal et la modernité architecturale. Les travaux, dirigés initialement par Laurent Gourlade puis par Joseph Massol, mobilisèrent des artisans pour un coût estimé à 1,3 million de livres (bâtiment + mobilier). Le palais devint un lieu de représentation, avec des appartements royaux inspirés de Versailles, une chapelle somptueuse, et une bibliothèque richement décorée.
Pendant la Révolution française, le palais servit de prison avant d’accueillir, en 1794, l’École impériale du Service de santé militaire, transférée à Lyon après 1870. Sous l’annexion allemande (1872–1884), il abritera la Kaiser-Wilhelms-Universität avant de redevenir un lieu culturel. Au XXe siècle, il fut le cadre de rencontres diplomatiques, comme celle entre Nicolas Sarkozy et Barack Obama en 2009 lors du sommet de l’OTAN. Classé Monument Historique en 1920, il abrite aujourd’hui le musée des Beaux-Arts, le musée des Arts décoratifs (avec les appartements d’origine), et le musée archéologique, l’un des plus riches de France pour les antiquités nationales.
L’architecture du palais allie symétrie classique et détails rocaille. La façade principale, côté Ill, compte 17 axes encadrant un corps central à colonnes, tandis que la cour d’honneur s’ouvre par un portail monumental orné de statues allégoriques (La Clémence, La Religion). Les intérieurs conservent des boiseries dorées, des tapisseries flamandes (d’après Rubens), et des décors inspirés de Versailles, comme la chambre du roi ou le salon des évêques. La bibliothèque, contiguë à la chapelle, abrite des portraits royaux et des bustes antiques. Les petits appartements, orientés nord, incluent la chambre de Napoléon Ier (mobilier Empire) et des pièces restaurées après les bombardements de 1944.
Le nom palais Rohan vient des quatre princes-évêques de cette famille ayant marqué le diocèse au XVIIIe siècle : Armand-Gaston-Maximilien, Armand de Rohan-Soubise, Louis-Constantin, et Louis-René (impliqué dans l’affaire du collier de la reine). Leur mécénat artistique et leur influence politique firent du palais un symbole du rayonnement français en Alsace. Les collections des musées, de la préhistoire à l’art du XIXe siècle (Goya, Rubens, Corot), ainsi que les céramiques et horloges astronomiques, témoignent de ce patrimoine exceptionnel.
Depuis les années 1990, le palais a fait l’objet de restaurations majeures, comme la réouverture du musée archéologique en 1992. En 2015, sa terrasse accueillit une exposition de verre contemporain dans le cadre de la Biennale Internationale du Verre, illustrant son rôle actuel de pont entre histoire et modernité. Propriété de la ville de Strasbourg, il reste un lieu de mémoire, de science (ancienne faculté de médecine) et de diplomatie, tout en étant un joyau du patrimoine classique alsacien.